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Dispositifs bilangues : bilan du suivi de l’expérimentation 2002-2004
Académie de Clermont-Ferrand
Enquête effectuée par
Jacqueline SERIN, IA-IPR d’allemand, coordonnatrice langues
Nombre de sections bilangues dans l’académie : 37 réparties sur 35
collèges, dont 6 collèges classés ZEP ou REP, et 12 collèges situés
en espace rural
Langues concernées
- anglais /espagnol :
4 établissements
- anglais
/espagnol/allemand : 1 établissement
- anglais /
portugais /allemand : 1 établissement
- anglais /
allemand : 29 établissements
Nombre de classes
observées :
18 en allemand, 4
classes en anglais, quelques classes en espagnol.
1.1 Organisation et modalités du suivi
Le suivi a été assuré
par J. Serin, coordonnatrice langues aidée d’Isabelle Ravel, chargée de
mission pour les langues.
Les modalités
choisies ont évolué en fonction du nombre d’établissements concernés :
- Année 2001/2,
deux classes de 6ème
§
Observation des classes et rencontres avec les enseignants
concernés et les chefs d’établissement.
§
Rédaction d’un vade-mecum pour permettre aux nouveaux
établissements de démarrer dans de meilleures conditions.
- Année 2002/3 :
21 nouvelles sections réparties sur 19 collèges
§
Elaboration d’une fiche de
suivi et d’une fiche d’évaluation
§
Observation de classes de 6ème
et de classes de CM
§
Formation en deux temps :
une première journée académique en début d’année complétée par des
journées départementales regroupant 135 personnes : les enseignants de
collège concernés et des représentants du 1er degré
(intervenants, directeurs d’école, conseillers pédagogiques, IEN de
circonscription).
§
Les résultats ont été
consignés dans premier bilan provisoire diffusé largement en début d’année
scolaire, notamment aux collèges entrant dans l’expérimentation à la
rentrée 2003.
- Année 2003/4,
ouverture de 14 nouvelles sections
§
Poursuite des observations
de classe par les IPR de langue concernés
§
Enquête effectuée à partir
de la fiche de suivi
§
Réunions des équipes sur
site soit à la demande des établissements, soit à l’initiative des IA-IPR
à l’occasion des observations de classe (une dizaine de réunions). Il a
parfois été possible d’obtenir la participation de représentants du 1er
degré lors de ces réunions. Par ailleurs, une réflexion s’est engagée avec
les lycées concernés pour envisager l’accueil des élèves en seconde.
Ce cadrage ainsi
défini dans la durée avec une certaine continuité a permis d’harmoniser
les dispositifs et de collecter des informations suffisamment précises et
fiables sur les deux années écoulées.
2.1 L’amont
Sur l’ensemble de
l’académie, la couverture au cycle 3 est assurée de façon à garantir la
possibilité d’une relative continuité dans les parcours linguistiques
des élèves dans 50% des dispositifs bilangues seulement.
A l’initiative d’un
certain nombre d’IEN de circonscription, soucieux de mettre en place des
dispositifs de diversification en cohérence avec la section bilangue, un
certain nombre d’écoles proposent deux dispositifs assez bien
identifiés : soit un apprentissage simultané des deux langues au cycle
3, soit une initiation à parité dans les deux langues au CE2 permettant le
choix d’une des deux langues au CM.
Dans les autres cas
(30%), la mise en place de la diversification manque souvent de
lisibilité : ruptures induites par des modes d’organisation peu
satisfaisants, mais qui ne sont pas spécifiques aux secteurs des collèges
ayant une section bilangue. De plus, dans les secteurs qui n’intègrent pas
l’apprentissage simultané des deux langues, les effectifs en allemand ont
tendance à s’effriter.
Dans 20% des cas
l’anglais est la seule langue enseignée en primaire.
Les évolutions
contenues dans des circulaires de rentrée depuis 2002 d’une part et
l’érosion de la demande en allemand d’autre part, expliquent en partie
cette situation.
Il ne reste en 2004
dans l’académie que deux types de dispositifs bilangues : celui qui
correspond à une anticipation de l’apprentissage de la LV2 (c’est le cas
des sections d’espagnol notamment mais aussi des sections où l’allemand
n’a pas été introduit auparavant en primaire lorsqu’il qu’il existait déjà
une section LV1au collège), un dispositif qu’on pourrait qualifier de
« mixte » qui accueille indifféremment des élèves ayant suivi un
enseignement soit dans l’une ou l’autre des deux langues soit dans les
deux langues. Le dispositif prévu à l’origine (anticipation de
l’apprentissage de l’anglais pour les élèves ayant choisi une autre langue
en cycle 3 est en voie de disparition). Ainsi assiste-t-on à une dérive
progressive du dispositif prévu initialement.
D’une façon générale,
la liaison entre le cycle 3 et la classe de 6ème est
embryonnaire, voire inexistante tant au plan du suivi des élèves que
des informations données aux familles. Ce constat n’est certes pas
spécifique aux classes bilangues, mais le dispositif justifierait une
concertation accrue en entre les deux degrés. A cet égard, les réunions
départementales organisées en 2002/3 ont été accueillies très
favorablement par les participants.
3.1 Les
dispositifs bilangues : résultats de l’enquête
Nombre de
réponses : 34 sur 35 établissements en 6ème, 16 sur 21
établissements en 5ème (cf. tableaux en annexe)
3.2 Les effectifs
Le niveau 6ème
recouvre un effectif de 634 élèves, soit un effectif moyen de 18,6
élèves par classe.
L’évolution des
effectifs en 6ème sur deux ans n’est pas assez significative
pour tirer des conclusions sur la pérennité du dispositif, notamment par
rapport à la demande des familles.
L’érosion des
effectifs en 5ème est relativement faible. Ainsi, le
dispositif bilangue apparaît –il comme un facteur favorable à une remontée
des effectifs en allemand en 6ème, même si cette évolution
reste fragile.
3.3 Le recrutement et l’information des familles
Le recrutement se
fait dans le respect du choix des familles, de sorte que toutes les
demandes sont en général acceptées.
En conséquence,
lorsqu’un élève manifeste de grandes difficultés, il a la possibilité
d’abandonner une des deux langues à l’issue du 1er trimestre
après avis du conseil de classe et décision du chef d’établissement.
Lorsque le nombre de
demandes excède la capacité d’accueil de l’établissement, une sélection
s’opère en fonction du profil des élèves et de l’avis du maître du Cours
Moyen.
Dans le cadre du
suivi, la fiche « questions /réponses » (cf.
annexe), validée par les inspecteurs d’académie
et envoyée à tous les collèges
concernés, a fourni un outil d’aide à la
décision tout en introduisant l’idée de contrat
entre le collège et les familles. Il reste que
l’information sur les parcours possibles n’est pas,
à quelques exceptions près, suffisamment
organisée pour garantir la lisibilité
souhaitée. De même, des questions subsistent quant
à la possibilité, pour les élèves de
ces sections, d’opter pour une section européenne
dès le collège : sur ce point précis, les
pratiques ne sont pas harmonisées entre les 4
départements.
3.4 Les horaires
La majorité des
établissements (19 sur 33) s’est alignée sur la répartition horaire
hebdomadaire 3h/3h en 6ème et en 5ème
préconisée au plan académique afin d’éviter une hiérarchisation entre
les langues.
La répartition 4h/3h/
en 6ème concerne 7 établissements. Les autres répartitions
(4h/4h, 4h/2h/, 3h/2h) sont minoritaires. Le choix de 4 heures pour une
des deux langues est souvent lié soit à l’antériorité de la section LV1
(présence d’une section LV1 allemand ou d’une seule section LV1 en anglais
dans le collège), soit à des modes d’organisation spécifiques, notamment
en anglais lorsque les élèves de la section bilangue sont mélangés à
d’autres anglicistes, soit à des résistances de la part des enseignants.
Globalement, les
enseignants sont favorables à un alignement des horaires.
Ponctuellement une 4ème
heure a été envisagée dans le dispositif 3h/3h pour permettre un soutien
dans une des deux langues en fonction du parcours des élèves en primaire.
Cette heure est parfois consacrée à l’élaboration de projets, à un
travail avec l’assistant etc.
3.5 Le regroupement des élèves
Dans la majorité des
cas, les élèves concernés par le dispositif constituent une classe (20
établissements, soit plus de 50%). 10 établissements ont choisi la
répartition des élèves sur deux classes, 3 établissements sur 3 ou 4
classes.
Dans la majorité des cas, les enseignants de langue sont favorables à
un fonctionnement en groupe classe pour des raisons
pédagogiques : organisation des progressions et des évaluations, mise en
place de projets communs qui peuvent s’élargir à une équipe de
professeurs, notamment de projets d’échange et d’ouverture sur l’Europe.
Le niveau 5ème
se prête tout particulièrement à la mise en place d’IDD incluant les
deux langues.
3.6 Les projets pédagogiques
13 projets
sont recensés au niveau de la classe de 6ème, soit dans 37%
des collèges.
Ils concernent
essentiellement des projets d’échange (7) : échanges épistolaires ou avec
déplacement d’élèves.
Parfois, il est
possible de travailler dans les deux langues avec un assistant de langue.
Il faut noter deux
projets exemplaires : un projet de liaison CM2-6ème en anglais
et en allemand à partir de la lecture d’albums de jeunesse et un projet
relatif à l’introduction de pratiques sportives dans les deux langues,
notamment dans un dispositif d’échange avec des élèves allemands. Ces
pistes pourraient être explorées pour favoriser une liaison souvent
absente et pour fédérer des équipes.
3.7 La concertation
Elle s’avère
essentielle si on veut créer les conditions d’un apprentissage
plurilingue : acquisition de compétences partielles dans les deux
langues dans une perspective de renforcement des compétences
linguistiques. Actuellement elle n’est pas généralisée mais les
enseignants de langue souhaitent que la possibilité d’une concertation
soit aménagée dans l’emploi du temps.
Les enseignants ont
mis en place diverses modalités de concertation dans 50% des cas :
échanges réguliers mais informels sur la progression et le suivi des
élèves, mise en place de progressions communes, visites mutuelles etc.
3.8 L’évaluation et les résutats des élèves
Ce bilan a été réalisé à partir d’une vingtaine de fiches fournies en
fin d’année par les collèges
Cette dimension est
présente mais elle n’a pas encore été envisagée dans tous ses aspects et
le dispositif bilangue n’a pas encore modifié foncièrement les pratiques.
Certains enseignants
ont mis en place des dispositifs d’évaluation commune dans les deux
langues, le plus souvent sous forme de bilan en fin d’année ou à la fin de
chaque trimestre sur des objets communs (fonctions langagières, lexique
essentiellement).
Aucune
réponse n’évoque la possibilité d’une
évaluation commune en début d’année qui
fournirait des informations sur les pré requis des
élèves et permettrait d’organiser les parcours. De
même les documents passerelle fournis dans les programmes du
cycle 3 sont méconnus au collège dans la majorité
des cas ( cf. l’absence de liaison avec le 1er degré).
Cependant les
conclusions de l’enquête conduite en 2002/3 sur les résultats des élèves
sont corroborées par les premiers retours des fiches en juin 2004. On peut
faire les constats suivants :
§
Les moyennes obtenues par les élèves sont sensiblement les
mêmes dans les deux langues.
§
Souvent, les résultats
obtenus par ces élèves sont plutôt bons dans toutes les disciplines.
§
Les moyennes générales
obtenues par les goupes bilangues sont souvent légèrement supérieures aux
moyennes obtenues dans les classes parallèles, mais ceci ne se vérifie pas
d’une façon systématique.
§
Quand la classe n’est pas
exclusivement constituée d’un groupe bilangue, les meilleures moyennes
sont souvent obtenues par les élèves de ce groupe.
§
Les enseignants constatent
au terme de l’expérimentation que la diminution de l’horaire
d’enseignement dans chacune des deux langues est compensée par le
renforcement de l’horaire global consacré aux langues et par un
renforcement des apprentissages qui amène les élèves à un niveau de
compétence comparable à celui d’une LV1.
4. Résultats de
observations faites dans les classes : les données pédagogiques
Les observations
effectuées cette année confirment les conclusions du bilan précédent.
4.1 Les apprentissages
Les interférences
entre les deux langues sont très rares au collège.
Lorsqu’elles existent, elles sont perçues de façon
constructive par les enseignants et les élèves : en
effet, il n’est pas rare qu’un élève ait
recours à l’autre langue à la place du
français pour exprimer un mot inconnu dans la langue cible. Ces
observations sont confirmés par les résultats de
l’évaluation qualitative faite par les enseignants
dans leurs classes.
Il apparaît que les
apprentissages linguistiques et métalinguistiques se renforcent dès
que les conditions d’enseignement le permettent, notamment dès que les
enseignants s’appuient sur les apprentissages réalisés dans une langue
pour proposer des apprentissages dans l’autre langue, ce qui souligne
l’importance de la concertation sur les progressions à mettre en place.
Cette remarque vaut aussi pour le cycle3 dès lors que les enfants
apprennent simultanément les deux langues. Il avait déjà été recommandé,
dans ce cas, d’accorder au maître de la classe un rôle de coordinateur et
de médiateur des apprentissages.
Certains enseignants,
tout d’abord inquiets de la réduction de l’horaire d’enseignement dans
leur langue, constatent aujourd’hui que les compétences de leurs élèves
sont sensiblement les mêmes que celles des élèves de LV1. L’observation
parallèle de classes de 6ème traditionnelles confirme cette
conclusion.
Sans aucun doute, ces
dispositifs sont propices au développement de modèles d’apprentissage
plurilingue.
Il est prévu qu’une équipe de professeurs de langue enseignant dans un
dispositif similaire en Thuringe rencontre en 2004/5 une équipe de
professeurs français pour amorcer une réflexion sur les pratiques dans
ces dispositifs.
4.2 Attitude vis à vis de l’apprentissage des langues et comportement
Les observations
confirment une grande ouverture des élèves pour l’apprentissage des
langues : motivation, réceptivité, plaisir à apprendre, voire à «jouer»
avec la langue.
Les enseignants
notent parfois une baisse de motivation en 5ème ou en 4ème
qui peut être liée, selon eux, à des erreurs
d’appréciation : certains collègues
d’autres disciplines se méprennent parfois sur le
profil des élèves (idée sous-jacente
d’élitisme qui ne correspond pas à la
réalité). Il apparaît que le degré de
motivation dépend étroitement des élèves
eux-mêmes et, comme dans toute classe, peut varier
d’une année à l’autre.
5. Conclusions et propositions
Ce dispositif, né
de l’anticipation du début de l’apprentissage des langues dans la
scolarité, est une réponse à l’exigence de diversification et à la
promotion d’un enseignement plurilingue conforme aux préconisations
contenues dans le plan pour les langues du Conseil de l’Europe (2003).
Face aux incertitudes concernant ce dispositif, il importera, dès la
rentrée 2004, de le rendre plus lisible et de le présenter
comme une possibilité de parcours linguistique plurilingue.
Ceci suppose :
1. D’améliorer
les dispositifs de diversification en amont, notamment au cycle 3 par
une politique volontariste et une information donnée aux familles
suffisamment tôt, c’est à dire dès que se pose la question du choix de
la langue.
2. De
construire la liaison CM2/6ème à partir de projets
pédagogiques, de l’élaboration de fiches passerelle, de l’utilisation des
outils d’évaluation diagnostique (banquoutils).
3. D’améliorer
la concertation entre les professeurs de langue, notamment en ce qui
concerne l’évaluation.
4. De promouvoir
des modes d’organisation qui permettent à une classe d’affirmer sa
spécificité dans le cadre de la diversification des parcours au
collège.
5. De prévoir en
conséquence une nouvelle rubrique dans les logiciels et les fiches
navette permettant d’identifier ce parcours ( dès la classe de 6ème
comme cela a déjà été proposé, en 4ème pour éviter aux familles
de se prononcer sur le choix d’une langue 1 ou 2 , ce qui serait contraire
à l’objectif recherché).
6. D’envisager les articulations possibles avec les parcours
européens, notamment au niveau de la classe de seconde et plus
généralement d’engager la réflexion sur la façon de reconnaître cette
spécificité dans la suite du cursus et en classe de seconde.
7 . De développer les projets autour de ces dispositifs afin
d’en faire des leviers de l’innovation pédagogique en matière
d’apprentissage des langues.
Jacqueline Serin, IA-IPR d’allemand, coordonnatrice langues, le 19/06/04
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