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Première
piste : Une déclaration d’amour
a) L’afflux des mots
Prise de pouvoir du langage par Cyrano qui se déclare : le dialogue
glisse vers la tirade (déséquilibre des répliques).
Enchaînement subtil de Cyrano à partir des quelques mots
de Roxane. Paroles de la jeune femme interrompues. Reprises nominales
ou pronominales.
b) Registre lyrique
Instances d’énonciation propres au lyrisme (1ère/2é).
Ponctuation affective, apostrophes. Expression des sensations et des sentiments
(polyptote du verbe « aimer », synesthésie). Générosité
de l ‘amour jusqu’à l’oubli de soi. Valéry
: « le lyrisme est le développement d’une exclamation
».
c) Phénomène de « cristallisation »
Idéalisation, sublimation de Roxane dans la voix de Cyrano
- fétichisme quand Cyrano prend en adoration le nom, la chevelure,
la main de Roxane, (chiasme, métonymie,
- des topos du langage amoureux : importance du regard (1er contact),
champ lexical de la lumière, du feu…
Deuxième piste :
Sincérité et émotion dans l’aveu
a) Une parole troublée
- d’un point de vue métrique : enjambements, dislocation
du vers, coupes spécifiques…L’éloquence de Cyrano
est mise en branle sous le poids de l’émotion,
- contagion du bouleversement : didascalie concernant Roxane (hyperbate,
rythme du vers, coupe lyrique…),
- hésitation sur le choix des pronoms personnels vous/tu,
- spontanéité et simplicité de l’expression
: présentatifs « c’est… », retour de mêmes
formules, anaphores…, refus de la préciosité à
travers la métaphore végétale « bouquet »à
« en touffe »
b) Exaltation des cœurs (extase «
ex-stasis » : sortir de soi-même)
La déclaration transporte les personnages dans un nouveau monde,
celui de l’aveu sincère des sentiments
- situation spatiale à rappeler : balcon=verticalité, facilite
à travers l’élévation de la parole, l’élévation
des cœurs,
- les hyperboles, les gradations, les accélérations de rythme
traduisent ce mouvement des sentiments, cette explosion d’émotion,
- violence des sentiments inscrite dans le choix précis du lexique
: « envahir », « terrible », « enivrée
», « ivresse », « fureur » (cf étym)…
- sensualité : - Roxane s’abandonne
- le baiser de Cyrano (didascalie).
Troisième piste
: Une déclaration à double voix : l’émergence
du pathétique
a) « Une parole masquée »
- rappeler la situation d’énonciation et l’enjeu premier
de la scène : Cyrano parle pour Christian et sa déclaration
est celle du jeune homme aux yeux de Roxane,
- étude lexicale : « fureur triste », expression oxymorique
(énergie/ souffrance) ; « terrible », 1) marque une
intensité=extraordinaire, immense… ou 2) évoque qq
chose de désagréable, de pénible. Mise à jour
des contradictions du personnage : bonheur et souffrance dans le non-dit
de la déclaration amoureuse,
- effets dialogiques au cœur même de la 2ème réplique
de Cyrano (tirets) : dualité de la parole pour souligner son dilemme.
Déclaration enflammée à Roxane. Appel à la
lucidité de l’être aimé (questions rhétoriques,
enjambement pour mise en valeur du vb « comprendre »)
b) Déclaration insatisfaite, amour inassouvi (une «
parodie », sens étym=un contre chant )
- déjà dans la déclaration, Cyrano est conscient
du drame de sa situation: système hypothétique, modalisation
« un peu », « parfois », souhait empreint de lucidité
(conditionnel),
- le gage amoureux devient souffrance solitaire : l’échange,
le don devient « sacrifice » dans la voix de Cyrano,
- Baiser inaccompli (cf didascalie) signe d’inachèvement
de la relation établie par la parole. De plus, la réclamation
sans tact de Christian rappelle Cyrano à la dure réalité
: le héros chute du sublime au grotesque.
Conclusion : Apogée
de l’Acte III, comble de l’émotion (mélange
des registres) ; déclaration d’amour qui sous-tend deux enjeux
fondamentaux de la pièce : l’avancée de l’intrigue
avec la reconnaissance réciproque des deux amants Christian / Roxane
par un jeu de paroles interposées et la révélation
intime du héros dans une envolée lyrique qui laisse éclater
sa vérité du cœur et mettre à jour son paradoxe
profond (mettre son amour au service d’un rival).
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