CHRÉTIEN DE TROYES: PERCEVAL OU LE ROMAN DU GRAAL
 
Séquence proposée par Alain BOSDECHER (Lycée Léonard de Vinci, 43120 Monistrol-sur-Loire) lors d’un stage de Formation continue des professeurs de Lettres à l’IUFM de CLERMONT-FERRAND.
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Déroulement de la séquence

Au total : 21 séances, 28 heures, sur 7 semaines.

 
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A- L’œuvre au programme : texte du B.O. n°19 du 8 mai 2003

Perceval ou Le Roman du Graal de Chrétien de Troyes suivi d'extraits des "Continuations" (éditions Folio Classique).

L'étude de cette œuvre sera accompagnée de lectures cursives d'œuvres ou de textes liés au mythe, au choix du professeur.


B- Les objectifs retenus dans la séquence proposée :

B1- Une œuvre dans son contexte historique.
La séquence vise une mise en perspective historique : la place du texte dans son environnement politique et social, l’art du livre au Moyen-Age (cf séance de TICE), la féodalité, la chevalerie, la place de la femme. Cette approche pourra être complétée à partir d’une étude lexicale portant sur les termes médiévaux liés à des faits de civilisation. De même, le texte en ancien français sera mis en relation avec plusieurs traductions, mais également considéré en lui-même, dans la souplesse de sens qu’offre l’idiome roman.

B2- Une œuvre comme « modèle »
Le Conte du Graal est un « grand modèle français », ayant donné naissance à des « Continuations », en raison du caractère fascinant que la quête du Graal a exercée sur les générations ultérieures. Jean Frappier a recensé les ver-sions françaises de la « littérature du Graal » (op.cit. p. 13, voir Bibliographie).
Ainsi, « la littérature devient réservoir de schèmes collectifs de pensée, de sensibilité et de représentations. » (Documents d’accompagnement pour la littérature en Terminale L , p.20)
On amènera donc les élèves à prendre connaissance de certains de ces textes en lecture cursive, dans le cadre des lectures périphériques proposées. Aux textes répertoriées, qui appartiennent au cycle du Graal, peuvent s’ajouter d’autres romans de Chrétien de Troyes formant la « matière de Bretagne », cycle arthurien comprenant les romans de la Table ronde et le cycle du Graal. D’autre part, on élargira la réflexion à la relation du texte et de l’image (les enluminures) mais aussi à des versions modernes de l’aventure de Perceval : le film d’Eric Rohmer, le film de John Boorman, et le livre de Julien Gracq (Le Roi pêcheur).

B3- Une œuvre devenue mythe
« Les spécialistes s’accordent pour voir dans le mythe une histoire symbolique, simple et frappante, possédant une forme narra-tive où l’action des personnages s’inscrit dans un ordre chronologique. Sans exposer rien de scientifique et de démontrable, il permet à l’homme de cerner sa situation au sein de l’univers. » (Documents d’accompagnement, p.26)
Les Documents d’accompagnement montrent ensuite que l’opposition de principe entre le mythos et le logos, héritée de la République de Platon, peut être surmontée par l’accès, au moyen du mythe, à des notions philosophiques, « des concepts et des réalités difficilement intelligibles », car le mythe « touche au plus profond de la sensibilité et de la conscience humaine. »
Le Conte du Graal est un chef-d’œuvre, parce qu’il dépasse l’imaginaire du simple récit « pour énoncer ce qu’il en est de la structure essentielle du sujet humain. » (Henri Rey-Flaud). Ce texte doit être étudié comme mythe parce que, au-delà des accidents narratifs, dans la structure profonde du texte (réseaux signifiants, symétries, métapho-res…) sont engagées des questions essentielles : peut-on atteindre le bonheur sans le manquer ? quelle part faut-il accorder au social dans la place de l’homme dans le monde? Quelle est notre rapport à la Parole ? Quelle est la place de l’amour dans la quête de l’Autre et de soi? Qu’y a t’il d’essentiel dans notre relation à l’Autre ? Ces enjeux transcendent les époques, et définissent le fond(s) de la condition humaine.

C – Les formes d’étude

C1- Pour approcher le texte dans son univers culturel et historique :
· Etude lexicale portant sur les termes médiévaux, notamment les termes du champ lexical de la vassalité (valet, seigneur, vavasseur, prud’homme…), de la femme (demoiselle, dame, pucelle…), du cheval (cha-ceor, destrier, palefroi, haquenée, roncin…), de la religion et de la piété (ermite, moutier…). Voir égale-ment : les termes répertoriés par Jacques Ribard dans sa traduction des éditions Champion.
· Mise en relation du texte original en ancien français avec plusieurs traductions. Travail sur des fragments du texte original en lecture analytique, pour faire valoir la puissance d’évocation de certains passages.
· Thèmes sociaux et politiques : la chevalerie, à partir de la lecture comparative de plusieurs passages (les combats de Perceval et de Gauvain) – les femmes (étude lexicale + fiche de synthèse) – la féodalité (cours d’introduction) – l’art du livre au Moyen-Age (recherche en TICE).

C2- Pour approcher le texte comme modèle :
· Des lectures périphériques et de mise en relation avec le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (guide de lecture donné aux élèves) : 1- Les Continuations de l’édition Folio 2- D’autres ouvrages du XIII°siècle, en extraits, et/ou en lecture cursive longue, reprenant le thème de la quête du Graal (voir bibliographie jointe) 3- une version moderne de la quête du Graal, Le Roi pêcheur, et Au château d’Argol, de Julien Gracq.
· Etude filmique : comparaison de deux extraits filmiques, tirés de Perceval le Gallois, d’Eric Rohmer, et Exca-libur, de John Boorman.

C3- Pour approcher le mythe par la structure profonde du texte, « conjointure et sen » (1):
· Une fiche de synthèse, « la composition du récit », à partir des codes symboliques organisateurs, et les échos possibles au sein de l’œuvre.
· Des lectures analytiques de passages-clefs, faisant valoir l’importance des situations, de l’engagement des relations humaines, la quête du bonheur et de la Femme, le rapport à la Parole (centrale dans l’œuvre). Pas-sages retenus : le Prologue, le sang sur la neige, la cérémonie du Graal chez le Roi pécheur, la rencontre de Guiromelan au Gué périlleux, le Château des Reines.
· Une autre fiche de synthèse : la Parole.

(1) « conjointure », selon Jean Frappier (op.cit.) : un des mots-clefs de l’art de Chrétien. Il signifie l’agencement de l’intrigue, l’organisation de la matière, du sujet, en fonction du sens. Le « sen » renverrait plutôt aux significations profondes, métaphoriques ou symboliques, aux différents échos dans l’œuvre qui mettent en œuvre sa poésie.


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