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RECHERCHES
L'organisation du réel :
1. Les constructions symétriques :
Dans sa préface, Maupassant insiste sur la nécessité
pour le romancier d’organiser le réel pour le rendre vraisemblable
: la vie, celle dont nous faisons l’expérience tous les jours,
est en effet trop foisonnante et trop variée pour que le romancier
puisse la décrire dans tous ses moments. Maupassant affirme ainsi
que "l’habileté [du romancier] consistera dans le groupement
adroit de petits faits constants". La symétrie et son contraire,
l’asymétrie, semblent être les clés du roman
: au début, la symétrie est rompue entre les deux frères
par un héritage inéquitable, puis rétablie à
la fin dans le cercle familial par l’éviction de Pierre et
l’intégration de Mme Rosémilly. Plusieurs scènes
se ressemblent et soulignent la construction symétrique du roman.
La promenade sur le port (chap. 2) La promenade
sur le port (chap. 4)
La visite à Marowsko (chap. 2) La visite à Marowsko (chap.
9)
La visite à la fille de la brasserie (chap. 3) La visite à
la fille de la brasserie (chap. 9)
Et surtout, le premier chapitre (l’incipit) et le dernier se répondent
:
| Chapitre 1 |
Chapitre 9 |
Sur la Perle
|
Sur la Perle
|
Il ny
a pas de vent, il faut ramer. |
Il ny
a pas de vent, il faut ramer. |
La Normandie,
transatlantique, entre au port. |
La Lorraine,
transatlantique, quitte le port. |
Le bateau de
Southampton les dépasse et séloigne.
|
La Lorraine
les dépasse et séloigne. |
Retour sur
la terre ferme. |
Retour sur
la terre ferme. |
Enfin, de part et d’autre du livre, le duel des
deux frères commence et s’achève par des souhaits,
de Pierre à Jean : "Eh bien, mon petit Jean, te voilà
riche ! Je suis bien aise de t’avoir rencontré tout seul
ce soir, pour te dire combien cela me fait plaisir, combien je te félicite
et combien je t’aime." (chap. 2, p. 64), et de Jean à
Pierre : "Je te félicite de tout mon cœur, car je sais
qu’il y avait beaucoup de concurrents " (chap. 9, p. 182)
2. Les scènes reprises en écho
:
La composition en "boucle" (les mêmes
personnages se retrouvent quasiment dans le même lieu) crée
une impression d’immobilisme. Cependant un élément
n’est jamais repris à l’identique, un léger
décalage donne à la situation nouvelle un autre éclairage
et fait progresser l’intrigue. Voyons les différents "échos"
et les modifications qu’ils contiennent :
| Les
échos |
Les
modifications |
- Les différents
repas (chap. 1, 3, 7)
|
- Dabord
médiocres (chap. 1), ils deviennent opulents et dévorés
(chap. 3), puis opulents et à peine touchés (chap.7)
|
- La réflexion
de Marowsko (chap. 2) et celle de la fille de la brasserie (chap.
3).
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- La première
réflexion nest pas comprise par Pierre, la seconde
lest.
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- Pierre, seul,
en crise, dans la nuit (chap. 5) et Jean, seul, en crise, dans
la nuit (Chap. 8).
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- La réaction
des deux frères nest pas la même : Pierre
a besoin
de tout bouleverser, Jean conserve tout dans lordre initial
qui lui convient.
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- Les différents
décors, de lappartement de Jean (chap. 6), de
lappartement de Mme Rosémilly (chap. 8)
|
- Le luxe est
montré chez Jean, le confort est dissimulé,
de la chez Mme Rosémilly, décor tapageur du transatlantique.
Lorraine
(chap. 9).
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Le traitement du temps :
1 L’ordre :
L’ordre, qui n’est pas systématiquement chronologique,
montre aussi le travail du romancier pour construire la narration.
Un des cas les plus courants est celui d’un début en plein
milieu de l’action (incipit in medias res) pour capter
d’emblée l’intérêt du lecteur, quitte
à lui donner un peu plus tard les informations nécessaires
pour tout comprendre, dans un retour en arrière explicatif.
C’est ce que nous observons avec Pierre et Jean :
· Les 60 premières lignes montrent cette entrée de
la narration au beau milieu d’une partie de pêche déjà
commencée.
· Le passage suivant, des lignes 61 à 168, explique qui
sont les personnages en revenant en arrière, dans leur passé,
parfois lointain (l’enfance de Pierre et Jean).
· Nous trouvons également un autre retour en arrière,
des lignes 169 à 191, où le narrateur rapporte le dialogue
de la décision de cette partie de pêche qui ouvre le roman.
· Le paragraphe comprenant les lignes 192 à 200 fait le
lien entre cette décision prise (" Donc, le mardi suivant…
") et l’action montrée dans les premières lignes
("…un zut énergique qui s’adressait autant à
la veuve indifférente qu’aux bêtes insaisissables.")
pour ensuite retrouver le moment interrompu à la ligne suivante
: " Maintenant, il regardait le poisson capturé, son poisson…".
Nous pouvons citer d’autres exemples de retours en arrière
dans Pierre et Jean, il s’agit essentiellement des passages concernant
le personnage absent, le mort, Léon Maréchal :
· Au chapitre 4, Pierre cherche dans ses souvenirs qui avait été
Maréchal. C’est au travers de ses souvenirs que le narrateur
évoque le passé.
· Au chapitre 5, Pierre explique la disparition du portrait de
Maréchal du salon par sa ressemblance avec Jean : évoca-tion
du passé là encore, toujours au travers des souvenirs et
de la réflexion de Pierre ;
· Au chapitre 7, c’est Mme Roland qui fait resurgir le passé
en expliquant à Jean qui était Maréchal : son amant,
son " mari " et le père de Jean.
Nous trouvons aussi l’anticipation qui consiste, au contraire du
retour en arrière, à projeter l’histoire dans le futur.
Prenons quelques exemples tirés de Pierre et Jean :
· Au chapitre 2, notons la remarque de Pierre : "Bah ! il
est trop niais, il épousera la petite Rosémilly."
· Toujours dans ce même chapitre, Pierre rêve de départs
en mer, ce qui annonce son embarquement sur la Lorraine à la fin
du roman.
· Au chapitre 6, lorsque Pierre dit, parlant de son frère
: "Je m’instruis. J’apprends comment on se prépare
à être cocu.", nous pouvons anticiper sur le futur du
couple Jean/Mme Rosémilly. Cependant, le lecteur ne pourra pas
vérifier cette prémonition et cette hypothèse, car
le roman n’en rend pas compte (il s’achève avant le
mariage de Jean et de Mme Rosémilly).
Nous voyons donc que l’ordre de la narration ne suit pas fidèlement
le déroulement chronologique des faits. Les retours en arrière,
souvent explicatifs, les anticipations, prémonitoires, montrent
que le romancier reconstruit " le réel " et ne se contente
pas de rapporter platement la succession chronologique des actions de
l’histoire qu’il veut raconter. Ce jeu sur l’ordre de
la narration fait sens et permet de ménager un suspense et de donner
des indices au lecteur pour construire des hypothèses de lecture.
2. Le rythme :
Le romancier peut également jouer sur le rythme de la narration.
Le narrateur peut :
- raconter comme si tout se passait sous nos yeux (scène)
- accélérer (sommaire)
- ralentir (pause)
- passer sous silence (ellipse) certains éléments de l’histoire,
en accélérant le temps.
· La scène correspond souvent aux dialogues.
· Le sommaire condense et résume, il est essentiellement
explicatif.
· La pause coïncide quant à elle aux passages descriptifs.
· L’ellipse passe sous silence les moments qui ne sont pas
importants pour l’action.
Cherchons quelques exemples dans Pierre et Jean :
a) Une scène : La violente
dispute entre Pierre et Jean, au chapitre 7 (pages 150 à 153, lignes
127 à 240).
Le lecteur assiste à l’échange verbal comme s’il
assistait à la scène. Les incises même disparaissent
des lignes 210 à 240.
"Tais-toi, tais-toi donc !
-Non. Voilà longtemps que je voulais te dire ma pensée entière
; tu m’en donnes l’occasion, tant pis pour toi. J’aime
une femme ! Tu le sais et tu la railles devant moi, tu me pousses à
bout ; tant pis pour toi. Mais je casserai tes dents de vipère,
moi ! Je te forcerai à me respecter.
- Te respecter, toi ?
- Oui, moi !
- Te respecter… toi… qui nous as tous déshonorés,
par ta cupidité ?
- Tu dis ? Répète… répète ?…
- Je dis qu’on n’accepte pas la fortune d’un homme quand
on passe pour le fils d’un autre. "
b) Un sommaire : La présentation
de Marowsko au chapitre 2 (pages 64 et 65, lignes 192 à 207).
Il s’agit ici d’un résumé explicatif ainsi que
d’un retour en arrière pour présenter ce personnage
et rendre compte de sa ren-contre avec Pierre.
" Il avait connu le père Marowsko dans les hôpitaux
de Paris. C’était un vieux Polonais, réfugié
politique, disait-on, qui avait eu des histoires terribles là-bas
et qui était venu exercer en France, après nouveaux examens,
son métier de pharmacien. […] C’était encore
grâce au jeune médecin que le bonhomme était venu
s’établir au Havre, comptant sur une belle clientèle
que le nouveau docteur lui fournirait. "
Autre sommaire, les quelques lignes qui résument l’action
des deux semaines au moyen d’un imparfait d’habitude, au début
du chapitre 6 : " Le père pêchait, Jean s’installait
aidé de sa mère, Pierre, très sombre, ne paraissait
plus qu’aux heures des repas. " (page 129, lignes 2 à
4).
c) Une pause :
La description du salon de Mme Rosémilly au chapitre 8 (pages 175
et 176, lignes 380 à 425).
Cette pause narrative interrompt l’action, la ralentit. Nous avons
ici une mise en abyme du départ de Pierre et du roman tout entier.
Cela permet en outre le rapprochement de Mme Roland et de Mme Rosémilly
à partir de la description des quatre gravures.
d) Une ellipse : Le début
du chapitre 6 avec la première phrase montre l’inutilité
de la narration : "Rien ne survint chez les Roland pendant une
semaine ou deux." Le narrateur prévient le lecteur de
l’ellipse volontaire concernant cette période.
Une phrase de sommaire suit.
Une autre ellipse importante se situe du chapitre 8 au chapitre 9 inclus.
Celle-ci couvre environ un mois.
" Il y eut un long silence, puis le docteur reprit : " C’est
le mois prochain que part la Lorraine ? –Oui, le sept. "
(chap. 8, page 171, lignes 251 à 253).
Nous trouvons ensuite au chapitre 9 : "Pierre ne vécut
guère dans sa famille pendant les jours qui suivirent. Il était
nerveux, irritable, dur, et sa parole brutale semblait fouetter tout le
monde. Mais la veille de son départ il parut soudain très
changé, très adouci. " (chap. 9, page 188, lignes
262 à 265).
Le rythme de la narration, régulier dans les premiers chapitres
(de 1 à 5 en 83 pages), puisqu’il suit le déroulement
chronologique de quatre jours (du mardi après-midi au vendredi
soir), s’accélère ensuite pour rendre compte de plus
d’un mois dans les derniers chapitres (de 6 à 9 en 61 pages).
Nous voyons donc l’intervention du romancier dans ses choix pour
organiser le réel.
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Sujet
de dissertation : Dans
son étude sur le roman qui précède Pierre et
Jean, Maupassant affirme, en parlant du romancier naturaliste :
"Pour nous émouvoir, comme il l’a été
lui-même par le spectacle de la vie, il doit la reproduire
devant nos yeux avec une scrupuleuse ressemblance."
Vous discuterez cette affirmation en vous appuyant sur l’œuvre
étudiée dans la perspective du roman naturaliste.
Problématique :
Est-il possible pour un romancier de "reproduire" la réalité
? N’y aurait-il pas une opposition entre les termes "spectacle"
et "reproduire" qui renvoient à l’art d’une
part et "vie" ou "scrupuleuse ressemblance"
qui font référence au réel d’autre part
?
Plan détaillé :
1. Pierre et Jean, une tentative de reproduction de la vie avec
une scrupuleuse ressemblance.
a) Des lieux réels et des descriptions très techniques
du milieu maritime.
b) Des personnages ordinaires, sortis d’un fait divers.
c) Un temps contemporain à celui de l’auteur.
- Tous ces éléments créent autant d’effets
de réel soulignant la volonté de l’auteur de
reproduire scrupuleusement la vie.
2. Emouvoir le lecteur et reproduire scrupuleusement la vie : comment
concilier subjectivité des émotions et objectivité
liée à la reproduction exacte du réel ?
a) Les passions de l’auteur.
b) Les troubles et inquiétudes de l’auteur.
c) Les procédés d’écriture au service
de l’émotion : rythmes et images.
- L’auteur livre en fait sa "vision personnell"
du monde : il s’agit bien d’une reproduction exacte
du réel, mais d’une reproduction selon une subjectivité
particulière, celle de Maupassant.
3. Une ressemblance due à une reconstruction : l’illusion
du vrai.
a) Une chronologie reconstruite.
b) Une structure organisée.
c) Le point de vue et l’émotion : auteur, narrateur
et lecteur.
- L’auteur ne se contente pas d’enregistrer le réel,
il le manipule en véritable "Illusionniste". Il
s’agit pour lui de donner du sens à la réalité
afin de témoigner sur son temps et de communiquer avec son
lecteur.
Conclusion :
Au terme de cette étude, nous voyons que le travail du romancier
naturaliste ne peut se réduire à un simple enregistrement
du réel, objectif et froid. L’émotion inhérente
à toute œuvre d’art introduit nécessairement
le regard de l’auteur dans sa subjectivité particulière.
Et si nous, lecteurs d’aujourd’hui, continuons à
être intéressés par un roman du XIXème
siècle, c’est grâce à l’intervention
personnelle de l’écrivain qui, par ses choix et son
style, peut nous communiquer son émotion face à une
réalité passée, anéantissant ainsi la
barrière du temps et des modes.
Introduction :
Les années 1880 ont donné lieu à des débats
très vifs à propos du genre romanesque. Les romanciers
prennent alors l’habitude de se prononcer sur leur conception
du roman. Guy de Maupassant, se plaçant dans le mouvement
dominant du réalisme et du naturalisme sans toutefois appartenir
à cette école, affirme dans Le Roman : "Pour
nous émouvoir, comme [le romancier naturaliste] l’a
été lui-même par le spectacle de la vie, il
doit la reproduire devant nos yeux avec une scrupuleuse ressemblance".
Ce sujet nous invite à réfléchir sur la définition
même du roman, œuvre de fiction qui se donnerait pour
but la transcription du réel : n’est-ce pas paradoxal
? Il sera intéressant, en prenant appui sur l’étude
de Pierre et Jean, de montrer en quoi ce roman peut être considéré
comme une tentative d’imitation du réel. Nous examinerons
ensuite la difficulté qui se pose à l’auteur
de concilier la " ressemblance " qui implique une certaine
objectivité et l’"émotion" qui renvoie
au contraire à la subjectivité. Enfin, nous verrons
que Maupassant a peut-être moins tenté de reproduire
le réel que de le reconstruire.
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Relations
auteur/narrateur/personnages Cherchez
les relations existant entre le narrateur et Pierre, éventuellement
entre Maupassant et Pierre :
Chapitre 1
a. " Seul, Roland parlait sans fin ; il était
de ceux que rien ne trouble. Les femmes, plus nerveuses, sentent
parfois, sans com-prendre pourquoi, que le bruit d’une voix
inutile est irritant comme une grossièreté."
(p.40)
Chapitre 2
b. " Il [Pierre] se sentait mal à l’aise,
alourdi, mécontent comme lorsqu’on a reçu quelque
fâcheuse nouvelle. (…) il portait en lui un petit point
douloureux, une de ces presque insensibles meurtrissures dont on
ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent,
irritent, une souffrance inconnue et légère, quelque
chose comme une graine de chagrin. " (p. 59)
Cf. extrait de la ligne 33 à la ligne 75, pages 60 et 61.
c. " Certes, on n’est pas toujours maître
de soi, et on subit des émotions spontanées et persistantes,
contre lesquelles on lutte en vain. (…) d’avoir dévoilé
l’autre qui est en nous. " (p. 60)
Chapitre 3
d. " Alors, en rôdant à travers
les rues, il songea combien sont légères les causes
déterminantes de nos actions. (…) Il s’arrêtait
devant les portes où pendait un écriteau annonçant
soit un bel appartement, soit un riche appartement à louer,
les indications sans adjectif le laissant toujours plein de dédain.
Alors il visitait avec des façons hautaines … "
(p. 71)
Cf. extrait de la ligne 371 à la ligne 440, pages 80 à
82.
e. " Dés la porte il entendit un grand
bruit de voix et de rires dans le salon (…) On avait fait
apporter du vermouth et de l’absinthe pour se mettre en appétit,
et on s’était mis d’abord en belle humeur. (…)
Sur la table éclatait un luxe inaccoutumé : devant
l’assiette de Jean, assis à la place de son père,
un énorme bouquet rempli de faveurs de soie, un vrai bouquet
de grande cérémonie, s’élevait comme
un dôme pavoisé, flanqué de quatre compotiers
dont l’un contenait une pyramide de pêches magnifiques,
le second un gâteau monumental gorgé de crème
fouettée et couvert de clochettes de sucre fondu, une cathédrale
en biscuit, le troisième des tranches d’ananas noyées
dans un sirop clair, et le quatrième , luxe inouË, du
raisin noir, venu des pays chauds. " Bigre ! dit Pierre en
s’asseyant, nous célébrons l’avènement
de Jean le Riche. " (…) Pierre re-grettait de ne pas
avoir dîné seul, dans une gargote au bord de la mer,
pour éviter tout ce bruit, ces rires et cette joie qui l’énervaient.
" (p.80, 81 et 82)
Chapitre 4
f. " Pour jeter sur le passé et les
événements inconnus ce regard aigu, à qui rien
ne devait échapper, il fallait qu’il fût immo-bile,
dans un lieu vaste et vide. Et il se décida à aller
s’asseoir sur la jetée, comme l’autre nuit. "
(p. 99)
Chapitre 5
g. " Quand il (Pierre) se réveilla,
dans l’obscurité de sa chambre chaude et fermée,
il ressentit, avant même que la pensée se fût
rallumée en lui, cette oppression douloureuse, ce malaise
de l’âme que laisse en nous le chagrin sur lequel on
a dormi. Il semble que le malheur, dont le choc nous a seulement
heurté la veille, se soit glissé, durant notre repos,
dans notre chair elle-même, qu’il meurtrit et fatigue
comme une fièvre. " (p. 109)
Cf. extrait de la ligne 274 à la ligne 321, pages 116 et
117.
h. " … Et le bruit confus, proche et
lointain des voix égrenées dans l’air léger,
les appels, les cris d’enfants qu’on baigne, les rires
clairs des femmes faisaient une rumeur continue et douce, mêlée
à la brise insensible et qu’on aspirait avec elle.
(…) Toutes ces femmes ne pensaient qu’à la même
chose, offrir et faire désirer leur chair déjà
donnée, déjà vendue, déjà promise
à d’autres hommes. " (p. 116 et 117)
i. " L’amour de l’homme et de
la femme est un pacte volontaire où celui qui faiblit n’est
coupable que de perfidie ; mais quand la femme est devenue mère,
son devoir a grandi puisque la nature lui confie une race. Si elle
succombe alors, elle est lâche, indigne et infâme. "
(p. 121)
Chapitre 7
j. " La mère et le fils [Jean] avaient
mis là toute la fantaisie dont ils étaient capables.
Cette pièce (…) avait l’aspect prétentieux
et maniéré que donnent les mains inhabiles et les
yeux ignorants aux choses qui exigent le plus de tact, de goût
et d’éducation artiste. Ce fut elle cependant qu’on
admira le plus. Pierre seul fit des réserves avec une ironie
un peu amère dont son frère se sentit blessé.
" (p. 149 et 150)
Chapitre 9
k. " Il se sentait tellement las de lutter,
las de frapper, las de détester, las de tout, qu’il
n’en pouvait plus et tâchait d’engourdir son cœur
dans l’oubli, comme on tombe dans le sommeil. " (p. 189)
l. " Et songeant au travail passé,
au travail perdu, aux efforts stériles, à la lutte
acharnée, reprise chaque jour en vain, à l’énergie
dépensée par ces gueux, qui allaient recommencer encore,
sans savoir où, cette existence d’abominable misère,
le docteur eut envie de leur crier : " Mais foutez-vous donc
à l’eau avec vos femelles et vos petits ! " Et
son cœur fut tellement étreint par la pitié qu’il
s’en alla, ne pouvant supporter leur vue. " (p. 190)
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