Pierre et Jean de MAUPASSANT
    Analyse proposée par Jocelyne Hurst Professeur de Lettres Modernes et formatrice IUFM Lycée Jean Monnet 15000 AURILLAC  
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Plan du document:
I. Liste des personnages
II. Tableau synoptique de l'oeuvre
III.Schémas actantiels
IV. Recherches :
- l'organisation du réel
- le traitement du temps
V. Sujet de dissertation (proposition de plan détaillé, conclusion et introduction rédigées)
VI.Relations auteur / narrateur / personnage

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    I. Liste des personnages :

Les hommes :
Pierre Roland : Trente ans, né en 1855. Vient d’être reçu docteur en médecine. En vacances. Souhaite s’installer dans la région. Brun.
Jean Roland : Vingt-cinq ans. Vient d’être reçu licencié en droit. En vacances. Désire s’établir avocat dans la région. Blond.
Gérôme Roland : Le père de famille. Ancien bijoutier parisien, modeste rentier retiré au Havre. A une passion pour la mer et la pêche.
Maréchal : L’absent, le mort. Fonctionnaire, il n’aimait pas la mer. Plus riche que les Roland. Laisse sa fortune à Jean.

Les femmes :
Louise Roland : La mère de famille. Quarante-huit ans. Mère de Pierre vers dix-huit ans et de Jean cinq ans après. Est devenue "une femme d’ordre, une économe bourgeoise un peu sentimentale". Ancienne maîtresse de Maréchal, lui reste fidèle malgré l’absence.
Mme Rosémilly : Jeune veuve de 23 ans. Rentière résidant au Havre. Veuve depuis deux ans d’un capitaine au long cours. Voisine et amie des parents Roland. Future belle-fille.

Les seconds rôles :
Marowsko : Pharmacien polonais réfugié en France.
La fille d’auberge : Anonyme, sans état civil.
Le capitaine Beausire
Maître Lecanu : Notaire. Annonce la mort de Maréchal et le legs de sa fortune à Jean.
Papagris : Dit " Jean-Bart ", le matelot de la Perle.
Dr Pirette : Médecin à bord d’un transatlantique.
Joséphine : La bonne des Roland.
Alphonsine : Tient l’auberge de Saint-Jouin.

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II. Tableau synoptique de l’œuvre (pagination de l'édition des Classiques Hachette)

Chapitre
Lieu : Le Havre
Durée : Environ deux mois

Action
Schéma narratif

I. Pages 29 à 41

 

Pages 44 à 53

 

 

  • En mer sur la Perle, au large du Havre

 

  • Chez les Roland
  • Un mardi après-midi

 

  • La soirée
  • Situation initiale : Partie de pêche en famille, avec Mme Rosémilly
  • Elément perturbateur : Annonce du legs de Maréchal à Jean

II. Pages 59 à 64

Pages 65 à 67

Page 67

  • La rade et le port du Havre
  • La pharmacie du vieux Marowsko
  • Chez les Roland
  • La nuit

 

 

  • Pierre va prendre l’air et rencontre Jean sur la rade
  • Péripétie : Visite de Pierre à Marowsko
  • Pierre rentre se coucher

III. Pages 70 à 71

Pages 71 à 74

Pages 74 à 80

 

 

 

 

Pages 80 à 87

  • Le Havre
  • Chez les Roland
  • Les rues du Havre, le Jardin public, une brasserie

 

 

 

 

  • Chez les Roland
  • La matinée de mercredi
  • Repas de midi
  • L’après-midi

 

 

 

 

  • Dîner, soirée et nuit
  • Pierre visite plusieurs appartements
  • Pierre arrive en retard
  • Péripétie : Pierre trouve un appartement qu’il ne peut louer (trop cher)

Péripétie : Pierre va voir la serveuse d’une brasserie : soupçons !

  • Repas en l’honneur de Jean, avec Mme Rosémilly et Beausire

IV. Pages 90 à 91

Pages 91 à 92

Pages 92 à 94

Pages 94 à 96

 

Pages 96 à 106

 

Page 106

  • Le Havre
  • Chez les Roland
  • En mer, sur la Perle

 

  • Chez les Roland

 

  • Le Havre

 

  • Chez les Roland
  • Jeudi matin
  • Repas de midi
  • L’après-midi (3 heures)

 

  • Dîner et soirée

 

  • Nuit

 

  • Fin de la nuit
  • Promenade
  • Repas agréable
  • Promenade en mer avec Jean-Bart jusqu’à la tombée de la brume
  • Dîner

Péripétie : Jean a trouvé un appartement !

  • Vagabondage et trouble, chez Marowsko, puis dans les rues, sur la jetée
  • Pierre rentre se coucher

V. Pages 109 à 115

 

 

Pages 115 à 118

Pages 118 à 124

  • Chez les Roland

 

 

  • Trouville
  • Chez les Roland
  • Nuit jusqu’au matin

 

 

  • Journée du vendredi
  • Soirée du vendredi
  • Insomnie de Pierre, Péripétie : Demande le portrait de Maréchal à sa mère
  • Errance à Trouville
  • Conversations sur l’appartement de Jean. Péripétie : Autour du portrait de Maréchal (mensonge de la mère et soupçon renforcé)

Arrivée de Mme Rosé-milly. Pierre s’éclipse

VI. Pages 129 à 133

 

 

Pages 133 à 144

  • Chez les Roland

 

 

  • Saint-Jouin
  • Une semaine ou deux

 

 

  • De dix heures du matin jusqu’en fin d’après midi
  • Rien de spécial. Malaises de la mère à cause de Pierre qui la torture.
  • Partie de campagne à l’occasion de l’instal-

lation de Jean. Jean demande à Mme Rosé-

milly de l’épouser. Pierre et sa mère.

VII. Pages 147 à 162

 

 

 

 

 

 

Page 162

  • Le Havre, l’appartement de Jean

 

 

 

 

 

  • Chez les Roland
  • Soirée et dîner

 

 

 

 

 

 

  • Trois heures du matin
  • Retour au Havre et visite de l’appartement de Jean

Départ de Beausire, puis de Mme Rosémilly avec le père Roland. Dispute entre Pierre et Jean : Pierre lui révèle ses soupçons et s’enfuit.

Péripétie : Jean parle à sa mère qui avoue l’adultère.

  • Pierre l’entend rentrer

VIII. Pages 165 à 168

 

 

Pages 168 à 174

 

Pages 174 à 177

 

Page 178

  • L’appartement de Jean

 

 

  • Chez les Roland

 

  • Chez Mme Rosémilly

 

  • L’appartement de Jean
  • La nuit jusqu’au jour

 

 

  • Matinée et repas

 

  • L’après-midi

 

  • L’après-midi
  • Réflexion et décisions : garder l’argent de Maréchal et laisser celui de Roland à Pierre. Trouver une solution pour Pierre.
  • Résolution : Pierre peut s’embarquer sur un transatlantique, La Lorraine, comme médecin dans un mois.
  • Demande officielle de mariage pour Jean, date fixée dans six semaines
  • La mère donne à Jean le portrait de Maréchal. Il l’enferme dans un tiroir.

IX. Pages 181 à 182

 

Pages 182 à 187

 

 

Pages 187 à 189

 

Pages 189 à 192

 

Pages 192 à 195

  • Chez les Roland

 

  • Le Havre

 

 

  • Cabine de la Lorraine

 

  • La Lorraine

 

  • En mer, sur La Perle
  • Un matin

 

  • La journée

 

 

  • Du 1er au 6 octobre

 

  • Le 7 octobre
  • Nomination de Pierre comme médecin à bord de la Lorraine.
  • Pierre se renseigne auprès du Dr Pirette. Fait ses adieux à Marowsko et à la serveuse de la brasserie.

 

  • Préparatifs pour le départ. Pierre s’adoucit la veille du départ. Lassitude.
  • Les adieux de la famille sur le navire.
  • Situation finale : Pierre s’éloigne. Jean va épouser Mme Rosémilly. Le couple Roland va mener une vie paisible, le père Roland ne s’est rendu compte de rien

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III. Schémas actanciels :

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RECHERCHES

L'organisation du réel :

1. Les constructions symétriques :
Dans sa préface, Maupassant insiste sur la nécessité pour le romancier d’organiser le réel pour le rendre vraisemblable : la vie, celle dont nous faisons l’expérience tous les jours, est en effet trop foisonnante et trop variée pour que le romancier puisse la décrire dans tous ses moments. Maupassant affirme ainsi que "l’habileté [du romancier] consistera dans le groupement adroit de petits faits constants". La symétrie et son contraire, l’asymétrie, semblent être les clés du roman : au début, la symétrie est rompue entre les deux frères par un héritage inéquitable, puis rétablie à la fin dans le cercle familial par l’éviction de Pierre et l’intégration de Mme Rosémilly. Plusieurs scènes se ressemblent et soulignent la construction symétrique du roman.

La promenade sur le port (chap. 2) La promenade sur le port (chap. 4)
La visite à Marowsko (chap. 2) La visite à Marowsko (chap. 9)
La visite à la fille de la brasserie (chap. 3) La visite à la fille de la brasserie (chap. 9)


Et surtout, le premier chapitre (l’incipit) et le dernier se répondent :

Chapitre 1 Chapitre 9

    Sur la Perle

    Sur la Perle

    Il n’y a pas de vent, il faut ramer.

    Il n’y a pas de vent, il faut ramer.

    La Normandie, transatlantique, entre au port.

    La Lorraine, transatlantique, quitte le port.

    Le bateau de Southampton les dépasse et s’éloigne.

    La Lorraine les dépasse et s’éloigne.

    Retour sur la terre ferme.

    Retour sur la terre ferme.

Enfin, de part et d’autre du livre, le duel des deux frères commence et s’achève par des souhaits, de Pierre à Jean : "Eh bien, mon petit Jean, te voilà riche ! Je suis bien aise de t’avoir rencontré tout seul ce soir, pour te dire combien cela me fait plaisir, combien je te félicite et combien je t’aime." (chap. 2, p. 64), et de Jean à Pierre : "Je te félicite de tout mon cœur, car je sais qu’il y avait beaucoup de concurrents " (chap. 9, p. 182)

2. Les scènes reprises en écho :

La composition en "boucle" (les mêmes personnages se retrouvent quasiment dans le même lieu) crée une impression d’immobilisme. Cependant un élément n’est jamais repris à l’identique, un léger décalage donne à la situation nouvelle un autre éclairage et fait progresser l’intrigue. Voyons les différents "échos" et les modifications qu’ils contiennent :

Les échos Les modifications

- Les différents repas (chap. 1, 3, 7)

- D’abord médiocres (chap. 1), ils deviennent opulents et dévorés (chap. 3), puis opulents et à peine touchés (chap.7)

- La réflexion de Marowsko (chap. 2) et celle de la fille de la brasserie (chap. 3).

- La première réflexion n’est pas comprise par Pierre, la seconde l’est.

- Pierre, seul, en crise, dans la nuit (chap. 5) et Jean, seul, en crise, dans la nuit (Chap. 8).

- La réaction des deux frères n’est pas la même : Pierre a besoin de tout bouleverser, Jean conserve tout dans l’ordre initial qui lui convient.

- Les différents décors, de l’appartement de Jean (chap. 6), de l’appartement de Mme Rosémilly (chap. 8)

- Le luxe est montré chez Jean, le confort est dissimulé, de la chez Mme Rosémilly, décor tapageur du transatlantique.

Lorraine (chap. 9).

Le traitement du temps :

1 L’ordre :
L’ordre, qui n’est pas systématiquement chronologique, montre aussi le travail du romancier pour construire la narration.
Un des cas les plus courants est celui d’un début en plein milieu de l’action (incipit in medias res) pour capter d’emblée l’intérêt du lecteur, quitte à lui donner un peu plus tard les informations nécessaires pour tout comprendre, dans un retour en arrière explicatif.
C’est ce que nous observons avec Pierre et Jean :
· Les 60 premières lignes montrent cette entrée de la narration au beau milieu d’une partie de pêche déjà commencée.
· Le passage suivant, des lignes 61 à 168, explique qui sont les personnages en revenant en arrière, dans leur passé, parfois lointain (l’enfance de Pierre et Jean).
· Nous trouvons également un autre retour en arrière, des lignes 169 à 191, où le narrateur rapporte le dialogue de la décision de cette partie de pêche qui ouvre le roman.
· Le paragraphe comprenant les lignes 192 à 200 fait le lien entre cette décision prise (" Donc, le mardi suivant… ") et l’action montrée dans les premières lignes ("…un zut énergique qui s’adressait autant à la veuve indifférente qu’aux bêtes insaisissables.") pour ensuite retrouver le moment interrompu à la ligne suivante : " Maintenant, il regardait le poisson capturé, son poisson…".
Nous pouvons citer d’autres exemples de retours en arrière dans Pierre et Jean, il s’agit essentiellement des passages concernant le personnage absent, le mort, Léon Maréchal :
· Au chapitre 4, Pierre cherche dans ses souvenirs qui avait été Maréchal. C’est au travers de ses souvenirs que le narrateur évoque le passé.
· Au chapitre 5, Pierre explique la disparition du portrait de Maréchal du salon par sa ressemblance avec Jean : évoca-tion du passé là encore, toujours au travers des souvenirs et de la réflexion de Pierre ;
· Au chapitre 7, c’est Mme Roland qui fait resurgir le passé en expliquant à Jean qui était Maréchal : son amant, son " mari " et le père de Jean.

Nous trouvons aussi l’anticipation qui consiste, au contraire du retour en arrière, à projeter l’histoire dans le futur.
Prenons quelques exemples tirés de Pierre et Jean :
· Au chapitre 2, notons la remarque de Pierre : "Bah ! il est trop niais, il épousera la petite Rosémilly."
· Toujours dans ce même chapitre, Pierre rêve de départs en mer, ce qui annonce son embarquement sur la Lorraine à la fin du roman.
· Au chapitre 6, lorsque Pierre dit, parlant de son frère : "Je m’instruis. J’apprends comment on se prépare à être cocu.", nous pouvons anticiper sur le futur du couple Jean/Mme Rosémilly. Cependant, le lecteur ne pourra pas vérifier cette prémonition et cette hypothèse, car le roman n’en rend pas compte (il s’achève avant le mariage de Jean et de Mme Rosémilly).

Nous voyons donc que l’ordre de la narration ne suit pas fidèlement le déroulement chronologique des faits. Les retours en arrière, souvent explicatifs, les anticipations, prémonitoires, montrent que le romancier reconstruit " le réel " et ne se contente pas de rapporter platement la succession chronologique des actions de l’histoire qu’il veut raconter. Ce jeu sur l’ordre de la narration fait sens et permet de ménager un suspense et de donner des indices au lecteur pour construire des hypothèses de lecture.

2. Le rythme :
Le romancier peut également jouer sur le rythme de la narration.
Le narrateur peut :
- raconter comme si tout se passait sous nos yeux (scène)
- accélérer (sommaire)
- ralentir (pause)
- passer sous silence (ellipse) certains éléments de l’histoire, en accélérant le temps.
· La scène correspond souvent aux dialogues.
· Le sommaire condense et résume, il est essentiellement explicatif.
· La pause coïncide quant à elle aux passages descriptifs.
· L’ellipse passe sous silence les moments qui ne sont pas importants pour l’action.
Cherchons quelques exemples dans Pierre et Jean :

a) Une scène : La violente dispute entre Pierre et Jean, au chapitre 7 (pages 150 à 153, lignes 127 à 240).
Le lecteur assiste à l’échange verbal comme s’il assistait à la scène. Les incises même disparaissent des lignes 210 à 240.
"Tais-toi, tais-toi donc !
-Non. Voilà longtemps que je voulais te dire ma pensée entière ; tu m’en donnes l’occasion, tant pis pour toi. J’aime une femme ! Tu le sais et tu la railles devant moi, tu me pousses à bout ; tant pis pour toi. Mais je casserai tes dents de vipère, moi ! Je te forcerai à me respecter.
- Te respecter, toi ?
- Oui, moi !
- Te respecter… toi… qui nous as tous déshonorés, par ta cupidité ?
- Tu dis ? Répète… répète ?…
- Je dis qu’on n’accepte pas la fortune d’un homme quand on passe pour le fils d’un autre. "

b) Un sommaire : La présentation de Marowsko au chapitre 2 (pages 64 et 65, lignes 192 à 207).
Il s’agit ici d’un résumé explicatif ainsi que d’un retour en arrière pour présenter ce personnage et rendre compte de sa ren-contre avec Pierre.
" Il avait connu le père Marowsko dans les hôpitaux de Paris. C’était un vieux Polonais, réfugié politique, disait-on, qui avait eu des histoires terribles là-bas et qui était venu exercer en France, après nouveaux examens, son métier de pharmacien. […] C’était encore grâce au jeune médecin que le bonhomme était venu s’établir au Havre, comptant sur une belle clientèle que le nouveau docteur lui fournirait. "
Autre sommaire, les quelques lignes qui résument l’action des deux semaines au moyen d’un imparfait d’habitude, au début du chapitre 6 : " Le père pêchait, Jean s’installait aidé de sa mère, Pierre, très sombre, ne paraissait plus qu’aux heures des repas. " (page 129, lignes 2 à 4).

c) Une pause : La description du salon de Mme Rosémilly au chapitre 8 (pages 175 et 176, lignes 380 à 425).
Cette pause narrative interrompt l’action, la ralentit. Nous avons ici une mise en abyme du départ de Pierre et du roman tout entier. Cela permet en outre le rapprochement de Mme Roland et de Mme Rosémilly à partir de la description des quatre gravures.

d) Une ellipse : Le début du chapitre 6 avec la première phrase montre l’inutilité de la narration : "Rien ne survint chez les Roland pendant une semaine ou deux." Le narrateur prévient le lecteur de l’ellipse volontaire concernant cette période.
Une phrase de sommaire suit.
Une autre ellipse importante se situe du chapitre 8 au chapitre 9 inclus. Celle-ci couvre environ un mois.
" Il y eut un long silence, puis le docteur reprit : " C’est le mois prochain que part la Lorraine ? –Oui, le sept. " (chap. 8, page 171, lignes 251 à 253).
Nous trouvons ensuite au chapitre 9 : "Pierre ne vécut guère dans sa famille pendant les jours qui suivirent. Il était nerveux, irritable, dur, et sa parole brutale semblait fouetter tout le monde. Mais la veille de son départ il parut soudain très changé, très adouci. " (chap. 9, page 188, lignes 262 à 265).

Le rythme de la narration, régulier dans les premiers chapitres (de 1 à 5 en 83 pages), puisqu’il suit le déroulement chronologique de quatre jours (du mardi après-midi au vendredi soir), s’accélère ensuite pour rendre compte de plus d’un mois dans les derniers chapitres (de 6 à 9 en 61 pages). Nous voyons donc l’intervention du romancier dans ses choix pour organiser le réel.

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  Sujet de dissertation :

Dans son étude sur le roman qui précède Pierre et Jean, Maupassant affirme, en parlant du romancier naturaliste : "Pour nous émouvoir, comme il l’a été lui-même par le spectacle de la vie, il doit la reproduire devant nos yeux avec une scrupuleuse ressemblance."
Vous discuterez cette affirmation en vous appuyant sur l’œuvre étudiée dans la perspective du roman naturaliste.


Problématique :
Est-il possible pour un romancier de "reproduire" la réalité ? N’y aurait-il pas une opposition entre les termes "spectacle" et "reproduire" qui renvoient à l’art d’une part et "vie" ou "scrupuleuse ressemblance" qui font référence au réel d’autre part ?

Plan détaillé :
1. Pierre et Jean, une tentative de reproduction de la vie avec une scrupuleuse ressemblance.
a) Des lieux réels et des descriptions très techniques du milieu maritime.
b) Des personnages ordinaires, sortis d’un fait divers.
c) Un temps contemporain à celui de l’auteur.
- Tous ces éléments créent autant d’effets de réel soulignant la volonté de l’auteur de reproduire scrupuleusement la vie.

2. Emouvoir le lecteur et reproduire scrupuleusement la vie : comment concilier subjectivité des émotions et objectivité liée à la reproduction exacte du réel ?
a) Les passions de l’auteur.
b) Les troubles et inquiétudes de l’auteur.
c) Les procédés d’écriture au service de l’émotion : rythmes et images.
- L’auteur livre en fait sa "vision personnell" du monde : il s’agit bien d’une reproduction exacte du réel, mais d’une reproduction selon une subjectivité particulière, celle de Maupassant.

3. Une ressemblance due à une reconstruction : l’illusion du vrai.
a) Une chronologie reconstruite.
b) Une structure organisée.
c) Le point de vue et l’émotion : auteur, narrateur et lecteur.
- L’auteur ne se contente pas d’enregistrer le réel, il le manipule en véritable "Illusionniste". Il s’agit pour lui de donner du sens à la réalité afin de témoigner sur son temps et de communiquer avec son lecteur.

Conclusion :
Au terme de cette étude, nous voyons que le travail du romancier naturaliste ne peut se réduire à un simple enregistrement du réel, objectif et froid. L’émotion inhérente à toute œuvre d’art introduit nécessairement le regard de l’auteur dans sa subjectivité particulière. Et si nous, lecteurs d’aujourd’hui, continuons à être intéressés par un roman du XIXème siècle, c’est grâce à l’intervention personnelle de l’écrivain qui, par ses choix et son style, peut nous communiquer son émotion face à une réalité passée, anéantissant ainsi la barrière du temps et des modes.

Introduction :
Les années 1880 ont donné lieu à des débats très vifs à propos du genre romanesque. Les romanciers prennent alors l’habitude de se prononcer sur leur conception du roman. Guy de Maupassant, se plaçant dans le mouvement dominant du réalisme et du naturalisme sans toutefois appartenir à cette école, affirme dans Le Roman : "Pour nous émouvoir, comme [le romancier naturaliste] l’a été lui-même par le spectacle de la vie, il doit la reproduire devant nos yeux avec une scrupuleuse ressemblance". Ce sujet nous invite à réfléchir sur la définition même du roman, œuvre de fiction qui se donnerait pour but la transcription du réel : n’est-ce pas paradoxal ? Il sera intéressant, en prenant appui sur l’étude de Pierre et Jean, de montrer en quoi ce roman peut être considéré comme une tentative d’imitation du réel. Nous examinerons ensuite la difficulté qui se pose à l’auteur de concilier la " ressemblance " qui implique une certaine objectivité et l’"émotion" qui renvoie au contraire à la subjectivité. Enfin, nous verrons que Maupassant a peut-être moins tenté de reproduire le réel que de le reconstruire.

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  Relations auteur/narrateur/personnages

Cherchez les relations existant entre le narrateur et Pierre, éventuellement entre Maupassant et Pierre :

Chapitre 1
a. " Seul, Roland parlait sans fin ; il était de ceux que rien ne trouble. Les femmes, plus nerveuses, sentent parfois, sans com-prendre pourquoi, que le bruit d’une voix inutile est irritant comme une grossièreté." (p.40)
Chapitre 2
b. " Il [Pierre] se sentait mal à l’aise, alourdi, mécontent comme lorsqu’on a reçu quelque fâcheuse nouvelle. (…) il portait en lui un petit point douloureux, une de ces presque insensibles meurtrissures dont on ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent, irritent, une souffrance inconnue et légère, quelque chose comme une graine de chagrin. " (p. 59)
Cf. extrait de la ligne 33 à la ligne 75, pages 60 et 61.
c. " Certes, on n’est pas toujours maître de soi, et on subit des émotions spontanées et persistantes, contre lesquelles on lutte en vain. (…) d’avoir dévoilé l’autre qui est en nous. " (p. 60)
Chapitre 3
d. " Alors, en rôdant à travers les rues, il songea combien sont légères les causes déterminantes de nos actions. (…) Il s’arrêtait devant les portes où pendait un écriteau annonçant soit un bel appartement, soit un riche appartement à louer, les indications sans adjectif le laissant toujours plein de dédain. Alors il visitait avec des façons hautaines … " (p. 71)
Cf. extrait de la ligne 371 à la ligne 440, pages 80 à 82.
e. " Dés la porte il entendit un grand bruit de voix et de rires dans le salon (…) On avait fait apporter du vermouth et de l’absinthe pour se mettre en appétit, et on s’était mis d’abord en belle humeur. (…) Sur la table éclatait un luxe inaccoutumé : devant l’assiette de Jean, assis à la place de son père, un énorme bouquet rempli de faveurs de soie, un vrai bouquet de grande cérémonie, s’élevait comme un dôme pavoisé, flanqué de quatre compotiers dont l’un contenait une pyramide de pêches magnifiques, le second un gâteau monumental gorgé de crème fouettée et couvert de clochettes de sucre fondu, une cathédrale en biscuit, le troisième des tranches d’ananas noyées dans un sirop clair, et le quatrième , luxe inouË, du raisin noir, venu des pays chauds. " Bigre ! dit Pierre en s’asseyant, nous célébrons l’avènement de Jean le Riche. " (…) Pierre re-grettait de ne pas avoir dîné seul, dans une gargote au bord de la mer, pour éviter tout ce bruit, ces rires et cette joie qui l’énervaient. " (p.80, 81 et 82)
Chapitre 4
f. " Pour jeter sur le passé et les événements inconnus ce regard aigu, à qui rien ne devait échapper, il fallait qu’il fût immo-bile, dans un lieu vaste et vide. Et il se décida à aller s’asseoir sur la jetée, comme l’autre nuit. " (p. 99)
Chapitre 5
g. " Quand il (Pierre) se réveilla, dans l’obscurité de sa chambre chaude et fermée, il ressentit, avant même que la pensée se fût rallumée en lui, cette oppression douloureuse, ce malaise de l’âme que laisse en nous le chagrin sur lequel on a dormi. Il semble que le malheur, dont le choc nous a seulement heurté la veille, se soit glissé, durant notre repos, dans notre chair elle-même, qu’il meurtrit et fatigue comme une fièvre. " (p. 109)
Cf. extrait de la ligne 274 à la ligne 321, pages 116 et 117.
h. " … Et le bruit confus, proche et lointain des voix égrenées dans l’air léger, les appels, les cris d’enfants qu’on baigne, les rires clairs des femmes faisaient une rumeur continue et douce, mêlée à la brise insensible et qu’on aspirait avec elle. (…) Toutes ces femmes ne pensaient qu’à la même chose, offrir et faire désirer leur chair déjà donnée, déjà vendue, déjà promise à d’autres hommes. " (p. 116 et 117)
i. " L’amour de l’homme et de la femme est un pacte volontaire où celui qui faiblit n’est coupable que de perfidie ; mais quand la femme est devenue mère, son devoir a grandi puisque la nature lui confie une race. Si elle succombe alors, elle est lâche, indigne et infâme. " (p. 121)
Chapitre 7
j. " La mère et le fils [Jean] avaient mis là toute la fantaisie dont ils étaient capables. Cette pièce (…) avait l’aspect prétentieux et maniéré que donnent les mains inhabiles et les yeux ignorants aux choses qui exigent le plus de tact, de goût et d’éducation artiste. Ce fut elle cependant qu’on admira le plus. Pierre seul fit des réserves avec une ironie un peu amère dont son frère se sentit blessé. " (p. 149 et 150)
Chapitre 9
k. " Il se sentait tellement las de lutter, las de frapper, las de détester, las de tout, qu’il n’en pouvait plus et tâchait d’engourdir son cœur dans l’oubli, comme on tombe dans le sommeil. " (p. 189)
l. " Et songeant au travail passé, au travail perdu, aux efforts stériles, à la lutte acharnée, reprise chaque jour en vain, à l’énergie dépensée par ces gueux, qui allaient recommencer encore, sans savoir où, cette existence d’abominable misère, le docteur eut envie de leur crier : " Mais foutez-vous donc à l’eau avec vos femelles et vos petits ! " Et son cœur fut tellement étreint par la pitié qu’il s’en alla, ne pouvant supporter leur vue. " (p. 190)

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