CONTROLE DE SCIENCE ECONOMIQUE ET SOCIALE (OPTION)
Document 1 : "Le Sénat se saisit du chantier de la décentralisation", Le Figaro, 29 octobre 02 (extraits)
[...] Plutôt que de
reprendre un exposé technique, le premier ministre s'est placé sur le terrain
politique pour mieux justifier sa démarche. Selon lui, « ce texte trouve sa
source politique dans la situation de mai 2002. Le message du 21 avril a permis
aux Français mécontents de dire leur exaspération d'une République
impuissante à tenir ses promesses de liberté, d'égalité, de fraternité.
Certains se sont abstenus, certains ont choisi l'intolérance, tous ont contesté
l'absence de politique et appelé à la modernisation de l'État ». C'est
un désir de « proximité » qui s'est manifesté, auquel le
gouvernement se doit de répondre aujourd'hui.
Jean-Pierre Raffarin a voulu balayer diverses inquiétudes qui se sont manifestées
à propos de cette réforme. « La France aura une organisation décentralisée
mais elle restera une et indivisible », a-t-il dit. Il a précisé à ce
sujet que le principe de péréquation* entre régions riches et régions
pauvres sera bien respecté et permettra d'assurer l'égalité. Il a voulu
montrer aussi que la décentralisation rétablira la confiance entre les
citoyens et l'État. Il ne veut plus de « cette organisation de méfiance
qui met tout le monde en situation d'observation et qui fait que l'État se méfie
des collectivités ». Enfin, le premier ministre a rappelé son échéancier.
Il se donne cent cinquante jours pour réussir, puisqu'il fixe au printemps
prochain la date à laquelle devront sortir les lois organiques qui mettront en
oeuvre les transferts de compétence.
* principe de péréquation : selon lequel des transferts financiers sont
organisés entre collectivités pour réduire les inégalités de richesse
Document 2 : "Les ministères
proposent à Matignon de céder aux collectivités une part de leurs compétences",
Le Monde, 25 octobre 02 (extraits)
Les réponses ne lui sont pas toutes parvenues, mais Jean-Pierre Raffarin sait désormais à quoi s'en tenir sur la volonté décentralisatrice de la moitié de ses ministres. Depuis la fin du mois de septembre, il dispose de leurs propositions sur les pouvoirs et les personnels qu'ils sont prêts à abandonner aux collectivités, dans leurs domaines de compétence respectifs. [...]
Affaires sociales. Pour François Fillon, "la prise en charge sociale de la quasi-totalité des publics en difficulté" doit être cédée aux départements. Le ministre propose le transfert complet de la gestion du RMI aux conseils généraux et s'interroge sur l'opportunité d'en faire autant pour le logement social. Il préconise que les départements conduisent la politique d'aide aux personnes âgées, à l'enfance et à la jeunesse. Il propose en revanche que "l'ensemble des actions publiques de la formation professionnelle continue" soit confié aux régions, ainsi que l'attribution des "aides économiques aux entreprises", hors les procédures de licenciement.
Education. Départements
et communes pourraient devenir responsables de l'application de la carte
scolaire et de l'affectation des élèves sur leur territoire, dans le second
degré. Pour les collèges et les lycées, Luc Ferry envisage le transfert du "recrutement
et de la gestion" des personnels de maintenance (TOS), de
l'organisation de la santé scolaire, des bourses, de la gestion des fonds de
vie lycéenne et des actions d'accompagnement pour les jeunes handicapés. Les régions
hériteraient de la tutelle sur l'information et l'orientation des collégiens
et lycéens.
Pour les universités, le ministère souhaite que soit "reconnue"
la "légitimité" des collectivités à "soutenir des
programmes de formation supérieure, de recherche et de développement".
Il suggère "d'associer les régions à l'offre de formation à caractère
professionnalisant jusqu'à bac + 3" et propose la décentralisation
au niveau régional des "œuvres universitaires : bourses,
construction des résidences, restaurants, lieux de vie des étudiants".
[...]
Document 3 :
"Pour M. Sarkozy, "l'unité n'est pas
synonyme d'égalité"", Le Monde, 19 octobre 02 (extraits)
[...] M.Sarkozy devait livrer, pour la première fois depuis son entrée au
gouvernement, sa "conception" de la réforme de la décentralisation,
présentée comme "une nouvelle manière de diriger le pays et surtout
de le réformer".
[...] Rendant le "centralisme" responsable de l'"immobilisme",
il devait vanter les mérites de "l'action locale" qui règle
les problèmes de "façon simple" et redonne le sens de la "responsabilité"
aux citoyens, en lançant : "Donnons un peu d'oxygène à la créativité
locale, nous donnerons du souffle à la démocratie", a-t-il déclaré.
[...] En soulignant que "l'unité n'est pas synonyme d'égalité",
M. Sarkozy devait préciser : "Sous prétexte d'unité, la rigidité
menace notre pays en l'empêchant de s'adapter et de progresser". Il
devait citer en exemple le "fédéralisme allemand" ou "l'autonomie
des [communautés] espagnoles" pour constater que, "dans
la diversité, ces pays ont progressé plus rapidement que nous". Le
ministre toutefois escompte qu'à terme, "nous reviendrons à l'unité
après avoir trouvé la voie de l'efficacité".
[...] A propos du financement de la décentralisation, le ministre
de l'intérieur devait estimer que le gouvernement n'exclut "a priori
aucune hypothèse". "Certains ont proposé que le transfert de la
pleine compétence sur les routes soit accompagné de celui d'une part de la
taxe intérieure sur les produits pétroliers. Pourquoi pas ?" Affirmant
que le gouvernement n'avait pas "fait le choix" de privilégier
la commune, l'intercommunalité, le département ou la région, il devait
indiquer que, parmi ces échelons, "celui qui a de l'avenir est celui
qui présentera l'expérience la plus utile et la plus audacieuse".
Document 4 : "L'inversion régalienne" par Philippe de
Villiers, Le Monde, 26 octobre 02 (extraits)
[...] Bien sûr, il
s'agit de donner à notre organisation administrative de la simplicité, de la
proximité et de la productivité.
La simplicité d'abord. Décentraliser, c'est avant tout simplifier et
clarifier. Plus personne ne se retrouve dans le millefeuille administratif
français. L'éparpillement des compétences et l'enchevêtrement des
financements croisés nuisent à la bonne lisibilité des décisions.
[...] La proximité ensuite. Il faut confier à chaque échelon pertinent ce
qu'il est le mieux à même d'assurer. Cette demande de proximité de la part de
nos concitoyens est une réponse à la mondialisation, une aspiration au
retour du global au local.
Enfin, l'objectif de "gains de productivité", de chasse au
gaspillage, parce que les doublons entre la fonction étatique et la fonction
territoriale prolifèrent. Dans chaque département, il y a deux administrations
des routes, l'une pour les routes nationales, l'autre pour les routes départementales.
Pour l'eau, pas moins de six directions de l'Etat sont concernées dans chaque région.
Ces principes étant posés, on voit bien que la décentralisation est une
affaire éminemment politique. Il s'agit de réformer l'Etat. Cette réforme
touche au cœur de notre modèle politique. La clarté du débat commande de ne
pas évacuer la question du choix de ce modèle comme s'efforcent de le faire
les cabris qui voudraient, au passage, détricoter l'Etat, par le haut avec
Bruxelles, et par le bas avec des régions "à statut constitutionnel"
[...].
[...] C'est pourquoi le gouvernement doit éviter plusieurs écueils avec son
projet de loi à venir.
Le premier serait d'aligner la France sur le modèle fédéral ou régionaliste,
qui est peut-être celui d'autres pays européens, mais qui n'est pas le nôtre.
[...] La figure de l'Etat-nation est une invention française que la décentralisation
ne doit pas démanteler. [...]
L'autre écueil, c'est l'"expérimentation". Si, par "expérimentation",
on entend donner aux collectivités une nouvelle capacité d'innovation, bravo !
[...] Si, en revanche, l'"expérimentation", c'est "la révolution
permanente" selon le mot du ministre des libertés locales, à travers le référendum
local mensuel et la pétitionnite aiguë, alors ce sera le grand bazar et l'on
aboutira à une complexification plutôt qu'à la simplification recherchée. La
méthode la plus claire pour décentraliser est de s'attacher à la notion de
partage de blocs de compétences, en permettant à un échelon déterminé
d'exercer plus complètement sa capacité de décision sur l'ensemble d'un
domaine : par exemple, le social et la solidarité pour le département, la
formation des jeunes et des adultes pour la région.
Le plus grave écueil, c'est la dévolution d'un pouvoir réglementaire étendu,
voire d'un pouvoir législatif dérogatoire. Ce risque serait accru par l'expérimentation,
puisque, pour une même compétence, l'usager ou le contribuable se retrouverait
devant des systèmes normatifs différents suivant le lieu. [...] Si l'on
introduit en France l'idée de relativité de la règle, comment inciter
chaque citoyen à se conformer à cette règle ? Ne risque-t-on pas de
miner la notion même d'autorité de l'Etat, qu'on essaie par ailleurs de
restaurer ?
Premier travail : répondre aux questions relatives aux documents
a) A quels faits de mai 2002,
M. Raffarin fait-il référence dans le premier paragraphe du document 1 ? En
quoi le projet de loi relatif à l'organisation décentralisée de la République
a-t-il un lien avec ses évènements selon M. Raffarin ? (2 points)
b) Rappelez les principaux domaines de
compétence des communes, départements et régions. (document 2) (2 points)
c) Expliquez les expressions ou passages soulignés dans le document 4. (3
points)
d) Rappelez ce qu'est le fédéralisme. (documents 3 et 4). Expliquez pourquoi
selon M. de Villiers la décentralisation menace de nous rapprocher du
fédéralisme ? (3 points)
e) Qui est Nicolas Sarkozy ? Quelle est l'orientation politique de Philippe de
Villiers ? (2 points)
Deuxième travail : rédigez deux parties d'une dizaine de lignes chacune pour répondre à la question suivante
Quels sont les arguments respectifs pour et contre une décentralisation accrue en France ? (8 points)
(Vous reprendrez des arguments issus des documents et des arguments tirés de votre cours et de vos connaissances personnelles)