PROPOSITION DE CORRIGE - PLAN DETAILLE
Quels sont les effets du progrès technique sur le chômage ?
(Sujet de Prep@bac l'examen Hatier 2000 p117)
I - Aspects théoriques
A - Les données du problème
1. Mesures de la productivité
à Productivités apparentes du travail ;
productivité du capital ; productivité globale des facteurs
à S'agissant de l'évolution de
l'emploi, l'analyse de la productivité du travail est indispensable (cf.
document 3).
à Cependant, c'est la productivité
globale qui rend compte de l'intégralité du progrès technique. Il ne faut
donc pas assimiler l'évolution de la productivité du travail à l'évolution
des effets du progrès technique car les deux productivités peuvent évoluer
différemment (en raison notamment d'un changement de la combinaison de
production vers plus d'intensité dans l'un ou l'autre des facteurs :
substitution du capital au travail par exemple - cf. document 6)
2. Cas de figure d'une augmentation de la productivité du travail
| à | L'examen du rapport (productivité) met en évidence 5 situations possibles : |
|
à Il existe un cas
dans lequel la hausse de la productivité du travail n'implique pas une
diminution de la quantité de travail : celui où la production progresse plus
que la productivité.
à En outre, il
faut noter que les effets restrictifs sur l'emploi des gains de productivité
peuvent être atténués voire annulés par une diminution du temps de travail (cf.
document 5) si l'on retient la productivité horaire du travail (plus
d'emplois pour la même quantité d'heures de travail collectivement).
3. Variation de l'emploi et variation du chômage
à Les deux
variations doivent être distinguées : taux de flexion = æ
du chômage / créations nettes d'emplois x 100 ; causes : évolution de la
population active (et conjoncture) (; productivité et temps de travail bien
sûr)
à Rappel sur
l'aspect conventionnel de la définition du chômage ; halo du chômage
Transition : toutes choses égales par ailleurs, c'est l'augmentation de la production, donc la croissance (somme des VA), qui dynamise l'emploi et la regression du chômage. Or, variation de la production et variation de la productivité ne sont pas indépendants (cf. document 5)
B - Progrès technique, croissance et emploi
1. Comment le progrès technique peut faire augmenter la demande solvable (cf.
document 4)
à A la base : la baisse des prix
à Effets sur les marchés où s'exercent
la baisse des prix : effets dépendant de l'élasticité de la demande au prix
à Effets sur l'apparition de nouveaux
marchés : théorie du déversement d'A. Sauvy (1980)
2. Comment le progrès technique peut faire croître l'offre
à Activités "vivant" du
progrès technique : production et maintenance des machines (cf. document 4)
; R&D, formation, conseil d'entreprises ...
à Génèse d'innovations en grappes :
distingo innovations de procédés / de produits ; d'après Schumpeter dynamique
; on peut donc dire que le progrès technique peut favoriser la création de
nouveaux produits c'est-à-dire qu'une offre supplémentaire (tout comme les
innovations de produits peuvent se transformer en innovations de procédés).
Certes, il y a déclassement mais le bilan est globalement positif. C'est une
destruction créatrice. Pour Schumpeter, les innovations sont essentielles pour
la croissance. Rôle précurseur de l'auteur sur la croissance endogène (avant
l'heure).
à Une croissance endogène : Romer et
Lucas fin 80's ; externalités positives du progrès technique (capital humain,
technologique, technique et public) qui s'auto-entretient favorisant la
croissance.
3. Les effets sur l'emploi
à Si la croissance est purement
intensive (quelquesoit son niveau), l'emploi risque de ne pas progresser et
même de régresser (en fonction de l'évolution des autres facteurs :
population active, temps de travail, combinaison des facteurs de P°).
à Si la croissance est au moins pour
partie extensive (et sans substitution du capital au travail), l'emploi doit
progresser ce qui est propice à un recul du chômage.
à Par définition, le progrès technique
joue un rôle fondamental dans la croissance intensive mais les ressorts de la
croissance endogène et de la genèse des innovations (évoqués ci-dessus)
laissent penser qu'il peut aussi contribuer à une croissance de type extensif
c'est-à-dire faisant appel à des facteurs de production supplémentaires et
notamment à du travail.
Transition : analyse des faits grâce à l'éclairage des éléments théoriques
II - Aspects factuels
A - Variation du chômage et variation de la productivité
1. Evolution du chômage dans la deuxième moitié du XXème siècle dans
les PDEM
à En France : peu de chômage
avant les années 70 (un peu quand même dans les années 60 : création Anpe) ;
hausse quasi-continue à partir du 1er choc pétrolier jusqu'en 97 tant en
effectifs qu'en taux de chômage, record de 97 à 3,2 millions de chômeurs soit
un taux de 12,6 % environ ; décrue ensuite jusqu'en 2002 avec environ 9 %.
Remarque : on s'en tient ici à la définition BIT du chômage.
à Autres PDEM : des différences sur le
niveau des taux (plus élevés en Europe qu'aux EU et au Japon, plus élevé en
France que dans le reste de Europe avec une atténuation de l'écart à la fin
de la décennie 90) ; mais une hausse du chômage dans tous les PDEM (faible au
Japon) à partir de la décennie 70.
2. Evolution de la productivité
à Globalement, les gains de
productivité (globale) ont largement contribué à la croissance des trente
glorieuses. Sur 5 % de croissance annuelle en moyenne dans les PDEM de 1945 à
1975, la moitié (soit 2,5 %) ou plus selon les pays (cas de la France)
provenaient de la hausse de la productivité globale. (source
extérieure : Flouzat, Economie contemporaine, tome3, pages 130 et suiv.)
à Dans les années 60, en France, la
hausse de la productivité du travail (cf. document 3) se situe à peu
près au niveau du taux de croissance annuel moyen de l'économie française au
cours des 30 glorieuses : soit environ +5%.
à Cela s'explique par le fait que la
productivité du capital a crû plus faiblement voire stagné sur certaines
périodes.
3. Enseignements de la comparaison
à Les gains de productivité importants
enregistrés pendant les 30 glorieuses ont côtoyé le plein emploi.
à Le chômage massif est apparu à un
moment où les gains de productivité faiblissaient. Sur le document 3,
une corrélation positive non négligeable semble apparaître entre variation du
nombre d'emplois et variation de la productivité du travail (une comparaison
avec la productivité globale aurait été utile) sauf exception comme en
1993 (en cause cette année, la baisse du PIB français d'environ 1 %).
à Cela ne signifie pas que le progrès
technique n'a aucune incidence sur le chômage mais que selon le contexte, il
peut jouer un rôle positif (en cas de forte croissance) ou un rôle négatif
(en cas de recession). Aux EU, les gains de productivité (globale) ont connu
une accélération au cours de la décennie 90 en même temps que le taux de
chômage reculait de 2 points (de 6,6 % dans la première moitié de la
décennie à 4,6 % dans la deuxième moitié - source :
problèmes économiques n°2718) dans un contexte de forte croissance
(plus de 4% en moyenne).
à En outre, chaque pays est différent :
la croissance y est plus ou moins intensive. Autrement dit, sa croissance y est
plus ou moins riche en emplois. Celle de la France, plutôt pauvre auparavant
semble s'être enrichie récemment.
Transition : s'agissant des EU, une étude a fait apparaître que les entreprises, qui avaient profité de l'informatisation pour réorganiser le travail, avait augmenté leur productivité plus que celles qui avait informatisé sans autres changements organisationnels (problèmes économiques n°2720 p20). Cela rappelle (cf. définition dans l'introduction) que le progrès technique ne passe pas seulement par le capital technique. En transformant le travail, il influence aussi la physionomie du chômage.
B - Le progrès technique passe par des transformation du travail et de l'emploi qui contribuent à façonner le chômage.
1. Les restructurations
à L'évolution des trois
grands secteurs d'activité, primaire, secondaire et tertiaire, illustre bien
les effets du progrès techniques combinés à ceux de l'évolution de la
demande solvable adressée au secteur. Exemple du secteur primaire : demande peu
dynamique conjuguée à un fort progrès technique provoquant une fonte des
effectifs du secteur. Illustration également du déversement du primaire vers
le secondaire et du secondaire vers le tertiaire.
à Au niveau des branches : baisse des
effectifs dans certaines ; hausse dans d'autres. Il faut remarquer ici que le
progrès technique peut jouer dans le sens contraire de celui couramment admis.
En effet, des gains de productivité insuffisants ne permettent pas de rester
compétitif dans un environnement international concurrentiel. Par exemple, des
progrès techniques inconnus à ce jour auraient peut-être permis au textile
français de rivaliser avec l'asie ou l'afrique et de maintenir plus d'emplois.
à Conséquences sur le chômage : pour
ceux qui ne sont pas partis à la retraite ou (re)devenus inactifs : recherche
d'un nouvel emploi d'où
- l'accroissement d'un chômage frictionnel (concernant ceux
qui retrouvent rapidement un emploi ou qui travaille en intérim)
- le développement d'un chômage structurel lié à
l'inadaptation des qualifications
2. L'augmentation des qualifications (rappel : relève bien du
progrès technique)
à Perceptible en France à travers
l'évolution des PCS (forte croissance des PCS de salariés les plus qualifiés)
; chez Renault (cf. document 2) ; cela ne signifie pas que la
qualification est élevée pour tous les actifs.
à Conséquences sur le chômage : dans
un contexte de restructuration et de chômage, l'élévation des qualifications
tend à une sélection à l'embauche par ce critère ce qui produit une certaine
surqualification des postes (cf. document 6). Les victimes en sont les
actifs les moins qualifiés dont on sait que le taux de chômage est supérieur
à la moyenne. Ce sont aussi les jeunes a fortiori peu qualifiés qui ne
disposent pas d'expérience professionnelles . Pour ces derniers, on peut parler
de chômage d'insertion (le taux de chômage des jeunes est d'environ deux fois
le taux moyen). Pour les non qualifiés, point le risque d'un chômage
d'exclusion au fur et à mesure que la durée de chômage s'étend. Le chômage
d'exclusion existe bel et bien puisque la durée moyenne du chômage en France
dépasse un an (chômage de longue durée). L'apparition du terme affreux
d'inemployabilité en dit long. Sans parler des "chômeurs
découragés" puisqu'ils ne sont pas chômeurs.
à D'un pays à l'autre : reste l'option
d'emplois très peu qualifiés comme certains emplois de services aux
particuliers (pompiste, serveur, groom ...). Ces emplois sont plus développés
dans certains PDEM que dans d'autres. Ainsi aux EU, ils contribuent à limiter
le chômage. S'agissant de services territorialisés, ils font partie des
secteurs abrités (non exposés à la concurrence internationale) et n'ont pas
d'impératif de productivité. Ce type d'emploi ne trouve pas sa place en Europe
et notamment en France (cf. Philippe d'Iribarne, le chômage
paradoxal 1990)
3. Les changements dans l'organisation du travail
à L'OST : ayant largement contribué à
la hausse de la productivité au cours d'une bonne partie du XXème siècle,
elle a aussi permis d'embaucher une main d'oeuvre abondante puisqu'elle faisait
appel à du travail non qualifié (l'OS) issue pour partie de l'exode rural.
Remarque (de portée limitée) : l'OST s'est accompagnée d'une augmentation de
la taille des entreprises pour produire en grande série et réaliser des
économies d'échelle, ce qui a favorisé la salarisation de la population
active et accru le risque de chômage que par définition les indépendants ne
connaissent pas (tant qu'ils le restent).
à Les NFOT : faisant appel à une
qualification généralement plus élevée, leur généralisation contribue à
exclure de l'emploi les actifs non qualifiés notamment ceux issus de l'OST.
à La flexibilité quantitative externe :
elle contribue également à creuser l'écart entre les actifs qualifiés et les
actifs non qualifiés, puisque ne faisant pas partie du personnel d'un employeur
(entreprise ou administration) durablement, les intérimaires et personnels en
CDD ne bénéficient pas des actions de formation de l'employeur. Formations qui
précisément ont souvent pour objet de suivre le progrès technique et qui sont
suivies avant tout par les plus diplômés (cf. problèmes
économiques n°2718 p23).
Conclusion :
Les liens entre progrès technique et chômage sont assez complexes.
Quantitativement, une réponse tranchée n'est pas possible mais on aura compris
que le niveau de la croissance permise par le progrès technique joue un rôle
essentiel. Qualitativement, le progrès technique bouleverse les qualifications
et fragilise les moins qualifiés.
Au-delà du progrès technique, d'autres facteurs agissent sur le chômage. La
démographie compte parmi eux. On prévoit que la population active commencera
à décroître en France à l'horizon 2010 et on y trouve matière à espérer
une résorption du chômage. Mais les qualifications seront-elles adaptées et
adaptables ?
Introduction :
à Accroche : Au milieu des années
90, Jeremy Rifkins publia "la fin du travail" avec moult exemples
d'emplois détruits par le progrès technique.
à Définition du progrès technique
(tout ce qui contribue à l'amélioration de la productivité : le capital, mais
aussi l'élévation des qualifications et l'organisation du travail) et du
chômage.
à Le cadre : l'ensemble des économies
de marché mais plus particulièrement les PDEM (ayant connu la révolution
industrielle) en privilégiant le cas de la France ; au cours du XXème siècle
siècle de la salarisation et plus particulièrement sa deuxième moitié pour
l'analyse des statistiques.
à Problématique (et plan): progression
du chômage dans le dernier quart de siècle en même temps qu'une continuation
des changements techniques tels l'informatisation. Pourtant les PDEM ne sont pas
tous touchés de la même façon par le chômage alors que le progrès technique
semble être plus uniforme. D'où, face à un problème un peu technique et
assez complexe une approche en deux temps : théorique pour poser les principaux
jalons puis factuelle pour coller à la réalité du chômage.
FP - décembre 2002