Antilles, Guyane, septembre 1997

La durée moyenne des études s’allonge, en France, depuis une vingtaine d’année. Cette évolution réduit-elle l’inégalité des chances d’accès aux positions sociales les plus élevées ?

Introduction :

Ainsi que l’ont montré les manifestations d’enseignants et de parents d’élèves au mois de mars 2000, l’éducation nationale reste un sujet de débat vif dans notre société

Dans un contexte de chômage encore élevé et de marché du travail précarisé, l’école et les qualifications qu’elles apportent apparaissent pour les familles et leurs enfants comme un des seuls moyens d’accéder au statut social de son choix : l’école fonctionne en effet selon un idéal égalitaire de méritocratie. En conséquence, l’inégalité des chances doit être réduite entre les élèves des différentes catégories sociales : les positions sociales doivent se mériter et non plus s’hériter, c’est-à-dire que les différences sociales doivent avoir pour origine les efforts de chacun et non pas leur milieu social d’appartenance

Pour atteindre ces buts, le choix a été fait en France depuis plus d’un siècle (loi Jules Ferry de 1881-82) de scolariser progressivement tous les enfants jusqu’au niveau d’études le plus élevé : l’objectif en 1985 de mener 80 % d’une génération au baccalauréat pour l’an 2000 en est le dernier exemple

Pourtant, les difficultés des enfants des catégories populaires à l’école et sur le marché du travail sont toujours plus grandes que celles des enfants des catégories favorisées : l’échec scolaire est pour eux plus fréquent, et les emplois les mieux rémunérés difficilement accessibles ; la question est donc de savoir si la hausse de la durée des études a réduit l’inégalité des chances dans la réussite scolaire et sociale

Nous verrons donc dans une première partie que la scolarisation massive a effectivement permis l’accès pour tous à des niveaux d’études plus élevés et a permis une diversification des parcours professionnels, mais, nous verrons aussi dans une seconde partie que la démocratisation et l’égalité des chances sont encore loin d’être atteints

 

  1. La massification de l’école :
  1. La recherche de la méritocratie :
  1. La passion pour l’égalité anime les sociétés démocratiques (Tocqueville) et génère une organisation sociale et politique visant à réduire les inégalités
  2. La place de chacun dans la société n’est donc plus décidée par la naissance mais par les compétences de chacun : les rémunérations sont donc fixées en fonction des qualifications (doc 5)
  3. L’école républicaine (Ferry) doit assurer une éducation à tous afin de créer de nouvelles solidarités entre les individus (Durkheim), et permettre une sélection des élites par le travail (doc 1)
B La massification de l’enseignement :
  1. Les transformations économiques profondes des 19è et 20è siècles vont élever les exigences de qualifications des entreprises : l’industrialisation pousse les ruraux dans le secteur secondaire et la tertiairisation développent le besoin de main d’œuvre qualifiée
  2. Pour répondre à ces exigences l’école va scolariser une part sans cesse croissante de la population surtout dans la deuxième moitié du 20è siècle (collège unique, 80 % d’une classe d’âge au bac …) (doc 2)
  3. Ces deux phénomènes font que la plupart des individus obtient un niveau d’études plus élevé que celui de leurs parents et connaissent des situations de mobilité sociale causées par les transformations économiques (mobilité structurelle)

Transition

 

II. La persistance des inégalités :
  1. Une faible mobilité nette :
  1. La réalité de la mobilité sociale ne correspond pas aux ambitions démocratiques : même si de nombreux individus sont mobiles, la mobilité nette (mobilité brute moins mobilité structurelle) est faible (doc 3)
  2. Les inégalités d’accès aux positions sociales élevées ne se réduisent pas : le niveau de diplôme augmente pour tous, mais les écarts entre catégories restent les mêmes (doc 2)
  3. Le diplôme joue de plus un rôle ambigu : la carrière est décidée par le niveau atteint (doc 1 et 5), mais si les diplômes sont moins rares qu’auparavant, ils se dévalorisent (Boudon) et la sélection risque de se faire sur des critères d’origine sociale (paradoxe d’Anderson) (doc 4)
B. Explications sociologiques, l’inégalité face à l’école :
  1. L’inégalité des chances selon Boudon
  2. Les familles se comportent à l’école de façon rationnelle : elles investissent dans les études en fonction des coûts supportés et des avantages espérés : les catégories défavorisées ont donc plus à perdre à des études longues et elles font donc des investissements moindres (doc 6)
    De plus, les diplômés ayant augmenté plus vite que le nombre d’emplois qualifiés, un effet pervers de dévalorisation des diplômes apparaît (doc 4)

  3. Les stratégies de distinction des catégories favorisées selon Bourdieu

Il y a convergence entre la culture scolaire et la culture des classes favorisées ; de plus l’inégale possession des capitaux culturels et sociaux entre les milieux renforce l’avantage des catégories supérieures. Surtout, les enfants des catégories populaires intériorisent très tôt sous forme de comportements de retrait (habitus), leur moins grande "proximité culturelle" avec l’école et sont mis à l’écart par les stratégies des milieux favorisés qui favorisent un recrutement des élites en leur sein (doc 6)

Conclusion :

Gregory Gimenez 1999-2000