TP et QS : Vous montrerez que les facteurs culturels peuvent à la fois être un frein et un moteur au développement.
Sujet et documents : Belin Terminale 99 (p 42)
Question 1 :
En 1995, on compte : 71 actives pour 100 actifs en Europe, 33 actives pour 100 actifs en Asie centrale ainsi qu’en Asie du Sud et 17 actives pour 100 actifs dans les Etats arabes.
Question 2 :
Au regard du taux de participation des femmes à l’activité
économique, l’Asie du Sud-Est occupe une position moyenne (57 actives pour
100 actifs). Cela provient du fait que dans plusieurs des pays de la zone, la
femme ne se voit pas assigner un rôle purement domestique. Cela est vrai de
certains Etats où la religion dominante n’est pas l’Islam contrairement à
l’Indonésie et la Malaisie. On rencontre en Asie du Sud-Est des pays où
domine le bouddhisme (ex : Thaïlande) qui n’est pas aussi restrictif que
l’Islam pour les femmes ainsi qu’une forte présence du christianisme
parfois (ex : Philippines). Plusieurs pays de la zone sont ouverts aux
influences occidentales parmi lesquelles le travail féminin allant de pair avec
la diminution du nombre d’enfants par famille. Hong Kong qui était
britannique jusqu’en 1997 est à ranger dans cette catégorie. Le communisme
qui a marqué certains pays (ex : Vietnam) ne refusait pas non plus le
travail féminin.
On observe donc pour l’ensemble de la zone une situation intermédiaire qui
résulte d’une moyenne entre des pays aux caractéristiques religieuses,
politiques et économiques variables.
Question 3 :
Les sociétés traditionnelles sont conservatrices en ce sens
qu’elles cherchent à reproduire le passé avec fidélité. Certaines
croyances, plus ou moins " magiques ", les y incitent. Parmi
elles, on trouvera souvent la crainte de déplaire aux morts (et éventuellement
de s’attirer leur joug) et celle de défier la nature ou la divinité toute
puissante en osant bouleverser l’ordre naturel du monde.
Or, la croissance est une modification de l’état économique antérieur. Il
ne s’agit plus seulement de reproduire mais d’aller au-delà du niveau de
production connu. Pour cela, il faut notamment innover c'est-à-dire, du point
de vue technique, apporter des changements qui ne sont possibles qu’en
présence d’attitudes qui témoignent d’une volonté de ne pas se contenter
de l’existant. Ces attitudes (réflexion, définition de buts) passent par un
rapport rationnel à la connaissance.
Question 4 :
La théorie calviniste de la prédestination provoque une
angoisse chez le protestant qui contrairement au catholique ne peut être
assuré de rejoindre le paradis par de bonnes œuvres. Dès lors, le protestant
calviniste va chercher des signes de son éventuelle élection divine.
Il peut les trouver dans sa réussite économique sur terre. Celle-ci est en
quelque sorte un indice de la faveur qu’il a reçue de Dieu. Cette réussite
appelle une vie ascétique qui se traduit par un
travail consciencieux, le repos juste nécessaire et une forte épargne
pour le réinvestissement (pas de consommation ostentatoire).
Cet état d’esprit n’est pas le seul élément favorable à la croissance de
l’activité. La rationalité joue aussi un rôle important. Elle provient
de la libre conscience de chacun favorisée par la lecture individuelle de la
bible (traduite en langage courant). Grâce à la réflexion personnelle, l’individu
va pouvoir trouver de nouvelles opportunités qui pourront s’avérer
favorables au commerce et à l’industrie.
Remarquons que Max Weber n’attribuait pas aux seuls facteurs culturels l’apparition
du capitalisme.
Question 5 :
Le développement du Japon est atypique en ce qu’il est
advenu plus tard que celui des pays européens et des Etats-Unis, que la
croissance y a été encore plus vigoureuse (entre 8 et 9 % en moyenne par an
durant les trente glorieuses) et que le pays a su contourner le manque de
ressources premières et de technologies par une stratégie économique faite d’emprunts
technologiques à l’extérieur et d’exportations en même temps que de
protectionnisme.
Le système de valeurs japonais a contribué à l’application d’une telle
stratégie. Le travail, la cohésion et la loyauté au sein du groupe qui
trouvent leur origine dans le contexte familial, ont ensuite été transposés
dans l’entreprise et au niveau de la nation elle-même. Grâce à des efforts
collectifs et tendant vers le même but, les handicaps ou retards du Japon ont
été surmontés pour en faire une des premières puissances économiques
mondiales.
Question 6 :
La définition du développement économique (souvent celle
de F. Perroux) met l’accent sur le changement. Or, précisément la tradition
se propose le but inverse, celui d’assurer la continuation de l’état
présent, hérité du passé.
Ainsi, face à une culture traditionnelle, toute innovation ou nouveauté risque
de rencontrer de puissants obstacles d’ordre mental. Le changement technique
pourra être considéré avec circonspection. La définition de nouvelles
fonctions, comme celles de fonctionnaires sera adaptée au contexte social jusqu’à
en être dénaturée. Les mesures économiques transposées d’autres pays ne
produiront pas les effets attendus. Toutes ces réactions ralentissant voire
annihilant le changement économique et social iront à l’encontre du
développement.
Question de synthèse :
L’une des sociétés qui souffre aujourd’hui le plus des
valeurs mises en avant par ceux qui détiennent le pouvoir est l’Afghanistan
des talibans. Les femmes, à qui il est interdit d’apprendre à lire, en sont
les premières victimes désignées. Elles subissent de graves violences
physiques lorsqu’elles ne se soumettent pas aux nombreuses interdictions
édictées au nom de Dieu.
Il est évident que dans ce pays de montagne pauvre, les orientations prises
sont loin de contribuer au développement. Celui-ci a été défini par
François Perroux comme " l’ensemble des changements des structures
mentales et des habitudes sociales qui permettent la croissance du produit réel
global ". La culture, c'est-à-dire les façons d’agir, de penser et
de sentir communes à un groupe, sont donc un des éléments participant du
développement.
Nous prendrons plusieurs cas dans des continents divers, à des périodes de l’histoire
relativement récentes pour la plupart, le terme de développement étant en
général réservé à celles-ci. Illustrant ou complétant les apports
théoriques, ils permettront de montrer que s’il n’existe pas un ensemble
unique de valeurs susceptible d’être favorable au développement, certains
facteurs culturels s’avèrent freiner le développement tandis que d’autres
peuvent le favoriser dans un contexte particulier.
I – Les facteurs susceptibles de freiner le développement
La déchristianisation marque le recul de l’influence de l’église dans les consciences en Europe. Mais la religion y a longtemps exercé son magistère et de nombreux pays de par le monde restent majoritairement croyants. Nombre de ces croyances ne semblent pas propices au développement. Plus généralement, dans certaines sociétés, la culture, garante de la tradition, s’oppose au changement. Dans d’autres, le principe du changement n’est pas rejeté mais les choix effectués par les institutions ou les individus et qui relèvent de la culture ne mènent pas à un développement rapide.
En contrepoint de la thèse de Max Weber qui sera reprise
plus loin, il faut évoquer quelques prescriptions religieuses qui desservent le
développement.
S’agissant de l’église catholique, deux points témoignant de son influence
dans ce sens peuvent être mentionnés. D’une part, la pauvreté et la
souffrance immortalisées par la vie du Christ, et en quelque sorte
" valorisées ", ne fournissent pas un modèle à même de
motiver les activités du commerce et de l’industrie. D’autre part, l’église
catholique a longtemps banni le prêt à intérêt assimilé à l’usure. Les
possibilités de financer de nouvelles activités par l’emprunt se trouvant
dès lors compromises.
De manière plus générale, les religions ou croyances qui prônent la
méditation ou le détachement du monde (le nirvana dans le bouddhisme) n’incitent
assurément pas leurs adeptes à produire des biens et services pour satisfaire
des besoins.
Parfois, l’accumulation de produits est réalisée mais elle ne sert pas à
reproduire et au-delà à faire croître la production mais plutôt à une
consommation festive dont l’ampleur au regard de la richesse du groupe paraît
totalement déraisonnable à un étranger.
Les cultures traditionnelles ont souvent pour vocation de
préserver la coutume. Celle-ci concerne avant tout la répartition des
fonctions et la structure sociale et peut s’étendre aux techniques de
production et d’échange. Dans un tel contexte, la nouveauté, qu’elle soit
technique, économique ou a fortiori sociale ou politique, peut-être perçue au
mieux comme inutile, au pire comme remettant en cause l’ordre établi. Dans ce
dernier cas, elle apparaît comme dangereuse pour l’identité et peut-être la
survie du groupe. Il ne servira à rien d’imposer le changement de l’extérieur,
depuis les pays développés vers les autres en particulier, si les
destinataires ne sont pas convaincus de son bien fondé (cf. document 4).
Le refus du changement peut-être avoir plusieurs origines. Il peut simplement
découler de ce qu’une société relativement isolée est à une distance
économique, culturelle et technique telle que l’adoption du changement
paraît inconcevable. Au contraire, le choix peut-être délibéré de ne pas
adopter un modèle de développement en connaissance de cause. Il faut ranger
dans cette catégorie les états islamistes intégristes pour qui le refus du
changement est parfois résistance à l’impérialisme, américain en
particulier.
Dans certains pays, le changement se produit mais il est
restreint à quelques aspects. Selon les cas, certaines dimensions du
développement peuvent être absentes. Le plus souvent, cela se traduit par un
ralentissement du développement.
A travers la définition du développement, il apparaît clairement que celui-ci
ne doit pas être confondu avec la croissance économique. Deux critères
supplémentaires, au moins, doivent être pris en compte : l’espérance
de vie moyenne à la naissance et le niveau d’alphabétisation. Une
pondération des trois éléments permettant de calculer un Indicateur de
Développement Humain (IDH) par pays. Ainsi, le développement humain suppose
que la croissance, si croissance il y a, ne profite pas exclusivement à une
minorité en face de laquelle une majorité continuerait de vivre dans la
pauvreté. Autrement dit, à l’échelle d’un pays, une culture basée sur la
hiérarchie et la soumission à une élite (militaire, religieuse, ethnique,
sociale) et qui produit de fortes inégalités n’est pas favorable au
développement.
La question du rôle de la démocratie, et des valeurs qu’elle prône, n’est
pas tranchée. En effet, des pays comme le Chili ou la Corée du Sud ont connu
un certain développement sous des dictatures. Mais à très long terme et à
partir d’un certain seuil, développement et démocratisation semblent aller
de pair. Une fois l’effet positif des sacrifices sociaux passés, le coût
économique de la dictature l’emporte : manifestations, grèves, fuites
des cerveaux à l’étranger, sans oublier la corruption.
La place de la femme dans la société n’est pas non plus indifférente au
développement. On constate (cf. graphique du document 1) qu’en règle
générale, les pays les moins développés affichent des taux de participation
des femmes à l’activité formelle égaux ou inférieurs à la moyenne. Les
Etats arabes, où l’on compte seulement 17 actives pour 100 actifs, se privent
de quasiment la moitié de leur potentiel humain (les femmes).
II – Les facteurs culturels qui contribuent au développement
La thèse de Max Weber dans " L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme " ne pourra être passée sous silence. Il conviendra de la compléter par d’autres exemples, celui du Japon en particulier (comme nous y invite le document 3). L’accent sera mis sur la spécificité des systèmes de valeurs et le caractère contingent des réussites dans le développement.
Max Weber a mis en évidence, l’influence des valeurs du protestantisme et plus précisément du calvinisme sur le comportement économique des croyants. L’angoisse liée au dogme de la prédestination les ayant poussés, selon lui, à chercher les signes de l’élection divine dans la réussite économique terrestre (cf. réponse à la question 4). Il ne faut cependant pas donner à cette angoisse plus de poids qu’elle n’en a dans l’apparition du capitalisme.
Outre l’ascétisme, l’individualisme et la rationalité font partie du système de pensée des protestants. Et puis, surtout, d’autres facteurs, techniques, institutionnels, naturels même ont joué un rôle aussi important. En fait, on peut retourner la proposition pour dire de l’éthique protestante qu’elle n’a pas empêché l’accumulation capitaliste d’advenir, contrairement à la " conception traditionnelle religieuse " (cf. document 2) c'est-à-dire, à l’époque, le catholicisme.
D’autres systèmes de valeurs ont contribué au développement en Asie. Celui du Japon est le succès le plus éclatant du continent. Ici aussi, d’autres facteurs, parmi lesquels une domination militaire sur les pays voisins (cf. document 3), sont intervenus mais les valeurs typiquement japonaises qui ont été à l’œuvre sont bien connues et reconnues : discipline, loyauté, cohésion du groupe donnant naissance à un sentiment national extrêmement fort. Un modèle de développement particulier s’est construit grâce au sens de l’effort collectif et au sens de l’honneur hérité de la famille. Tout en empruntant des recettes au monde occidental, à travers " l’observation " des produits et des modes de production étrangers, le Japon a conservé jusque dans les années 90, les valeurs qui ont fait sa réussite. Les relations avec l’extérieur qui ont consisté en emprunts, techniques notamment, et en débouchés d’exportations ont été possibles en raison de l’existence d’un monde développé déjà existant par ailleurs (Etats-Unis et Europe). La situation n’était pas la même pour les pionniers protestants fraîchement arrivés aux Etats-Unis.
La réalisation du développement ne peut se faire sans l’existence d’une culture sous-jacente qui l’autorise. Si le système des valeurs contribuant au succès diffère selon, l’époque, l’environnement et les caractéristiques de chaque peuple, quelques valeurs semblent positives. L’ouverture à l’extérieur ou à la nouveauté permet d’élargir le champ des solutions qui peuvent être envisagées. Cela ne signifie pas que tout ce qui vient de l’extérieur ou qui est nouveau doit être adopté mais simplement qu’il doit être observé et éventuellement analysé s’il paraît présenter de l’intérêt. Cela conduit à une autre valeur favorable au développement : la rationalité, qui se traduit par exemple par la mise au point de solutions pour atteindre des objectifs ou plus simplement répondre à des questionnements.
Les cultures dont la diversité est grande, peuvent se révéler être un frein
au développement quand elles sont repliées sur elles-mêmes ou qu’elles se
crispent sur des principes que l’avenir finit par déclarer dépassés. A l’opposé,
la comparaison, la confrontation pacifique en un mot l’ouverture, procure plus
de chances d’avancer.
Cette attitude de liberté ne comporte cependant pas que des avantages. La
rançon en est un plus grand inconfort mental puisque les comportements ne sont
pas nécessairement prédéfinis à l’avance. La force du sentiment d’appartenance
au groupe peut aussi s’amoindrir.
FP Octobre2000 ; en fonction du degré d'avancement dans le programme.