Vous montrerez que, si le travail reste le principal vecteur de l'intégration économique et sociale, il est de plus en plus porteur d'exclusion
ELEMENT DE CORRIGE
QUESTION DE SYNTHESE Hatier Terminale ES - 1999 - page 276
Travail préparatoire (10 points)
1. Les contrats à durée déterminée (CDD) s'opposent aux contrats à durée indéterminée (CDI). Dans le cas d'un CDD, le salarié est embauché pour une durée fixée à l'avance (généralement inférieure à 18 mois). Les stages désignent des périodes relativement courtes chez un employeur non assorties nécessairement d'une rémunération (possibilité d'indemnités), ils sont en général censé avoir un objectif de formation. Les emplois aidés sont des emplois pour lesquels l'employeur bénéficie d'aides de l'État. En général, les cotisations patronales sont exonérées en tout ou partie (exemples : contrats emploi-solidarité, contrats initiative emploi, contrats de qualification). Les apprentis suivent une formation professionnelle pour partie dans un centre de formation (CFA) et pour partie dans une entreprise dont ils reçoivent de 25 % à 78 % du SMIC (exonérés de charges) en fonction de leur âge. L'interim désigne l'exercice de missions confiées à des travailleurs par des agences de travail temporaire dans diverses entreprises.
2. En France, de 1985 à 1995, on assiste à une hausse marquée de
l'ensemble des formes particulières d'emploi. De 850 000 actifs concernés
environ (somme des effectifs des quatre catégories) en début de période, on
passe à 1 750 000 environ en fin de période, ce qui représente environ un
doublement. Or, en dépit de leur spécificité, ces formes particulières
d'emploi, ont pour point commun principal de porter sur des durées courtes
voire très courtes. Cela contraint certains actifs à enchaîner plusieurs
contrats entre lesquels ils peuvent connaître des périodes de chômage. En
outre, le changement d'emploi peut s'avérer difficile. Il suppose non seulement
employabilité mais également adaptabilité au nouvel emploi et remise en
question de ses compétences et de soi-même. Le doublement du nombre de ces
emplois (en même temps qu'une forte progression du nombre de chômeurs en
France) atteste de la difficulté accrue à s'insérer pleinement par le travail
à divers âges.
On peut ajouter que les rémunérations de ces mêmes emplois sont inférieures
à la moyenne (emplois au SMIC, à temps partiel comme les CES, stages non
rémunérés ...) Or, la détention d'un certain pouvoir d'achat facilite la
participation à des activités sociales.
3. L'exclusion désigne le processus au cours duquel un individu voit ses
liens sociaux se relâcher ou se rompre. Ces liens sociaux sont multiples mais
ils trouvent pour une grande part leur origine dans les principales instances de
socialisation. Pour les adultes, le monde du travail en fait partie et le fait
d'en être privé est un facteur qui contribue au risque d'exclusion. A la
lecture du document 2, on peut constater qu'une proportion très significative
de personnes sans emploi (bénéficiaires du RMI, chômeurs de longue durée)
connaissent de grandes difficultés sociales.
L'absence de travail n'est pas le seul facteur en cause dans le processus
l'exclusion mais elle joue un rôle important qui interagit avec les autres
facteurs d'intégration habituels comme la famille (on sait par exemple que la
sociabilité familiale est moindre pour les chômeurs de longue durée*).
* Enquête "Situations défavorisées" de l'Insee (vers 1995)
4. Dans les pays développés, le travail fournit un revenu et une protection
sociale (variable) qui assure l'indépendance. Bien qu'il se caractérise par un
lien de subordination, le travail salarié est perçu comme un facteur
d'émancipation (conception sociale-démocrate par exemple). Le simple fait
d'avoir ou pas du travail participe à la construction de l'identité d'une
personne. Au cours du dernier demi-siècle, cette conception est
particulièrement bien illustrée par la contribution de l'emploi à
l'évolution de la condition féminine qui a été revalorisée (cf. document 3).
En donnant une place dans la production, le travail donne également une
position sociale que l'on peut situer dans les classifications en usage (exemple
: les PCS en France). En outre, le métier exercé renvoie une image plus ou moins stéréotypée de la personne,
certains métiers en particulier véhiculant des représentations sociales
fortes.
Dans ces mêmes pays développés, au cours des deux derniers siècles, la
production est devenue de moins en moins assurée au sein de la cellule
familiale (paysanne essentiellement). Le travail s'est en partie autonomisé
dans des unités de production parmi lesquelles figurent les
entreprises. La division sociale du travail a favorisé une plus grande
différenciation des individus et des identités personnelles.
5. La socialisation est le processus d'acquisition des normes et des valeurs en vigueur dans un groupe donné. Le collectif de travail fonctionne avec des règles autrement dit des normes dont l'apprentissage est nécessaire. Il s'agit bien d'un apprentissage (terme impliquant la durée) et non d'une acquisition spontanée. Pour un nouveau venu, c'est la diversité des expériences dans un groupe qui va lui permettre d'intérioriser ces règles. Il s'apercevra par exemple que les règles formelles ou prescrites ne sont pas nécessairement les règles informelles, effectives, celles en vigueur. Pour autant, ces règles ne sont pas immuables et lui-même aura peut-être l'occasion de contribuer à faire évoluer certaines normes c'est-à-dire d'oeuvrer à son échelle à la régulation sociale du système auquel il participe.
6. L'histoire d'une professsion, d'une entreprise ou d'un bassin d'emploi, leurs contraintes particulières, leurs enjeux influencent la sous-culture dont ils peuvent être porteurs. Tout en partageant une majorité de normes et de valeurs avec le groupe social plus large dans lequel il s'inscrit (notamment une nation), un groupe professionnel peut présenter une certaine spécificité culturelle. On peut citer la sous-culture ouvrière, vivace durant une bonne partie du XXème siècle. Les entreprises de grande taille, s'efforcent dans leur propre logique, de promouvoir une culture d'entreprise.
Question de synthèse
(Introduction)
Accroche : Enquête récente (premier trimestre 2002)
établissant une corrélation entre les taux de suicide et la situation de
l'emploi des individus
Définitions : intégration : intériorisation des normes et des valeurs
dominantes chez Durkheim, sentiment d'identification au groupe ; exclusion (voir
réponse à la question 3) ; travail : activité productrice de l'homme
Cadre spatio-temporel : centré sur la deuxième moitié du XXème
siècle, en Europe et particulièrement en France
Problématique : évolution de la conception du travail d'une activité
peu valorisée (réservée aux esclaves dans la Cité grecque ; reconnue comme
abrutissante par A. Smith) vers un instrument d'émancipation. Amélioration de
la situation du salariat au XXème (qui était au XIXème siècle la pire des
conditions ; celle des journaliers) grâce aux acquis sociaux. Mise en place en
Europe de modèles économiques, sociaux et culturels basés sur cette forme
d'emploi qui fait encore figure de norme mais qui perd du terrain remettant en
cause la cohésion sociale.
Annonce du plan : ....
I - Le travail, vecteur principal de l'intégration économique et sociale
Les mécanismes d'intégration opèrent sur le lieu de travail ainsi qu'au sein de la structure sociale et de sa vie économique
A - Les mécanismes à l'oeuvre sur le lieu de travail
B - Les répercussions sur l'intégration à la structure sociale et à la vie économique
Les mécanismes mis en évidence ont joué à plein dans la période des trente glorieuses. Les économistes de l'Ecole de la régulation y ont vu le triomphe du compromis fordiste. Au cours de cette période, l'intégration par le travail a bien fonctionné, les travailleurs les moins qualifiés ayant pu trouver leur place dans l'organisation scientifique du travail (OST). Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
II - Le travail, de plus en plus porteur d'exclusion
Au cours du dernier quart de siècle, le marché du travail s'est transformé bousculant les mécanismes d'intégration qui s'étaient mis en place et contribuant à produire de l'exclusion.
A - Les évolutions du marché du travail en cause
B - Les répercussions sur l'exclusion sociale
(Conclusion)
Le travail occupant une place centrale dans nos sociétés, les
difficultés d'y accéder durablement pour un nombre croissant d'actifs
contribuent à l'exclusion sociale. Les politiques de l'emploi ont limité
quelque peu les dégâts par un traitement social du chômage (on évalue
généralement à 500 000 le nombre de chômeurs épargnés en France grâce aux
diverses mesures). Faut-il dérèglementer davantage ou au contraire
reréglementer le marché du travail ?